C'était une grande personne, pâle, tranquille, avec de grosses paupières tombant sur des yeux faibles et une chevelure qui avait des reflets rouges ou jaunes suivant l'incidence des rayons lumineux.
Bronckhorst, quoi qu'il fît, manquait de grâce. Il n'avait aucun égard pour les jolis petits mensonges, publics ou secrets, qui rendent la vie un peu moins déplaisante qu'elle n'est en réalité.
Ses façons à l'égard de sa femme étaient grossières.
Il y a bien des choses, y compris les brutalités et les coups de poing, qu'une femme peut endurer, mais il est rare qu'une femme puisse supporter,—comme le supportait mistress Bronckhorst,—des années et des années de moqueries brutales, sans aucun ménagement pour ses faiblesses, ses migraines, ses légers éclats de gaieté, ses toilettes, ses bizarres petites tentatives pour se rendre attrayante aux yeux de son mari, alors qu'elle sait bien qu'elle n'est plus comme autrefois… et, chose pire que toutes, sans aucun égard pour l'amour qu'elle reporte sur ses enfants.
Cette sorte de plaisanterie lourde était celle que Bronckhorst préférait entre toutes.
Je suppose qu'il en était venu là peu à peu, sans intention méchante, pendant la lune de miel, alors que les époux se sentent à court d'expressions de tendresse, et qu'ils recourent à l'autre extrême pour manifester leurs sentiments.
C'est un instinct du même genre qui vous fait dire: «Va-t'en d'ici, vieille bête!» quand un cheval favori vient frotter ses naseaux contre votre plastron de chemise.
Malheureusement, quand arrive la réaction conjugale, cette façon de parler persiste et, la tendresse s'en étant évaporée, la femme s'en offense plus qu'elle ne le laisse voir.
Mais mistress Bronckhorst était dévouée à son «Teddy», comme elle l'appelait.
Peut-être faut-il voir, dans l'emploi de ce diminutif familier, la raison qui la lui rendait antipathique.