De simple femme, elle s'était élevée à la hauteur d'une Institution, en ce sens qu'aucun jeune homme n'était regardé comme suffisamment formé, tant qu'il n'avait point, à un moment ou à un autre, porté ses hommages au sanctuaire de la Venus Anno Domini.

Elle était unique, bien qu'il y eût de nombreuses imitations.

Six ans, à ses yeux, avaient la même durée que six mois pour les femmes ordinaires, et dix ans laissaient sur elle des traces moins visibles qu'une fièvre d'une semaine sur une femme ordinaire.

Tout le monde l'adorait, et, de son côté, elle se montrait agréable et courtoise presque pour tout le monde.

Elle s'était fait de la jeunesse une telle habitude, qu'elle ne pouvait plus s'en séparer. D'ailleurs, elle ne comprit jamais que ce renoncement pût être une nécessité, et elle choisissait sa société préférée parmi des jeunes gens.

Au nombre des adorateurs de la Venus Anno Domini se trouvait le jeune Gayerson.

On le nommait le «très jeune Gayerson», pour le distinguer de son père, que l'on appelait le «jeune Gayerson», fonctionnaire civil du Bengale, qui affectait les façons de la jeunesse et qui était, d'ailleurs, jeune de cœur.

Le «très jeune Gayerson» ne se bornait pas, comme les autres jeunes gens, à un culte paisible et de pure forme, à accepter une promenade à cheval, une danse ou une conversation offertes par la Venus Anno Domini, et à se montrer alors aussi humble, aussi reconnaissant qu'il convenait.

Il était exigeant.

Aussi la Venus Anno Domini le tenait-elle à distance.