Peut-être lui avait-elle dit qu'elle avait cet âge?
Le «très jeune Gayerson» aurait franchi le Gugger débordé, rien que pour porter un billet d'elle, et il croyait en elle aveuglément.
Tout le monde aimait ce jeune homme et tout le monde regrettait qu'il fût ainsi tenu en esclavage par la Venus Anno Domini.
Du reste, chacun reconnaissait que ce n'était pas sa faute, à elle, car la Venus Anno Domini différait de mistress Hauksbee et de mistress Reiver en ceci qu'elle ne remuait pas même un doigt pour attirer un homme.
C'étaient les hommes qui étaient attirés vers elle, comme vers Ninon de Lenclos.
On pouvait admirer et respecter mistress Hauksbee, avoir du mépris et de l'aversion pour mistress Reiver, mais on était forcé d'adorer la Venus Anno Domini.
Le papa du «très jeune Gayerson» dirigeait une division ou une perception ou quelque autre administration dans une partie du Bengale qui est particulièrement désagréable, car elle fourmille de Babous[39] qui publient des journaux, où ils démontraient que le «jeune Gayerson» était «un Néron», «une Scylla», «une Charybde»; outre les Babous, il y avait dans la région pas mal de dysenterie et de choléra pendant neuf mois de l'année.
[39] Hindous à demi anglicisés.
Le «jeune Gayerson», qui avait environ quarante-cinq ans, goûtait assez les Babous, car ils le divertissaient, mais il trouvait que la dysenterie n'avait rien de plaisant, et dès qu'il put s'échapper, il alla, le plus vite possible, à Darjeeling.
Le jeune homme n'en fut pas très enchanté.