Il dit à la Venus Anno Domini que son père allait venir.

Elle rougit légèrement et répliqua qu'elle serait enchantée de faire sa connaissance. Ensuite, elle jeta un long regard pensif sur le «très jeune Gayerson», parce qu'elle était très, très peinée pour lui, et qu'il était un très, très grand sot.

—Ma fille va venir dans une quinzaine de jours, monsieur Gayerson, dit-elle.

—Votre quoi? dit-il.

—Ma fille, dit la Venus Anno Domini. Elle est partie, il y a un an, pour l'Angleterre et je désire qu'elle voie un peu l'Inde. Elle a dix-neuf ans, et c'est, je crois, une jolie jeune fille et très sensée.

Le «très jeune Gayerson», qui avait moins de vingt-deux ans, faillit tomber de sa chaise en recevant cette étonnante nouvelle, car il s'entêtait à croire, contre toute vraisemblance, à la jeunesse de la Venus Anno Domini.

Quant à elle, tournant le dos à la fenêtre tendue de rideaux, elle épiait en souriant l'effet de ses phrases.

Le papa du «très jeune Gayerson» vint douze jours après, et il n'était pas depuis vingt-quatre heures à Simla que deux hommes, de vieux amis, lui avaient appris comment le «très jeune Gayerson» se conduisait.

Le «jeune Gayerson» en rit beaucoup. Il demanda qui pouvait être la Venus Anno Domini.

Cela prouve qu'il avait passé sa vie au Bengale, où l'on ne sait jamais rien de ce qui se passe, excepté la cote de la Bourse.