Comme il avait presque fait le tour du monde, son vocabulaire d'injures était cosmopolite, mais le japonais y prédominait. Il l'avait appris dans une maison de thé de bas étage, à Hakodaté; cela ressemblait à un sifflement.

Pendant que les hommes me racontaient, l'un après l'autre, la conduite de Jevon et me demandaient son sang, je cherchais où il pouvait bien être. J'étais décidé à le sacrifier séance tenante à la société.

Mais Jevon était parti; bien loin, dans le fond de la salle du souper, j'aperçus mon cher, mon aimable lieutenant, l'air un peu animé, en train de manger de la salade.

—Où est Jevon? demandai-je.

—Au vestiaire. Il s'y tiendra jusqu'à ce que ces dames soient parties. Ne vous occupez pas de mon prisonnier.

Je n'avais aucune intention de m'en occuper. Mais je jetai un coup d'œil dans le vestiaire: mon hôte était confortablement couché sur des tapis roulés, le col déboutonné et une compresse mouillée sur la tête.

Je passai le reste de la soirée à tenter de timides essais pour expliquer les choses à mistress Deemes et à trois ou quatre autres dames, à m'efforcer de laver mon honneur,—car je suis un homme respectable,—des taches dont mon hôte l'avait sali.

Le mot de diffamation était insuffisant pour exprimer ce qu'il avait dit.

Enfin, ce funeste bal se termina, sans pourtant que j'eusse reconquis la bienveillance de mistress Deemes. Lorsque les dames furent parties, comme quelqu'un, au second souper, réclamait des chansons, mon angélique lieutenant dit au kansamah[41] d'apporter le sahib qui était au vestiaire et de débarrasser un bout de la table.

[41] Maître d'hôtel.