Je ne sais si c'était vrai ou faux, mais je sais bien que, les soirs où j'arrivais le premier, je ne manquais jamais d'étendre ma natte au pied du cercueil.
C'était un coin tranquille, voyez-vous, et il arrivait de temps en temps de la ruelle, par la fenêtre, une sorte de brise.
A part les nattes, il n'y avait aucun meuble dans la pièce, si ce n'est le cercueil; le vieux magot était si vieux et on le polissait si souvent, qu'il avait fini par devenir vert, bleu et pourpre.
Fung-Tching ne nous a jamais dit pourquoi il appelait cet endroit la Porte des Cent Chagrins.
C'est le seul Chinois qui, à ma connaissance, se soit servi de noms d'une fantaisie lugubre. La plupart ont un air fleuri, comme vous le voyez à Calcutta.
Nous en trouvions nous-mêmes l'explication.
Il n'y a rien qui vous empoigne aussi fort, si vous êtes un blanc, que la Fumée noire. Un homme jaune est fait autrement. C'est à peine si l'opium lui fait du mal. Mais les blancs et les noirs en pâtissent beaucoup.
Bien sûr, il y a des gens sur lesquels la Fumée ne produit pas plus d'effet que le tabac, dans les commencements. Ils piquent un petit somme. On dirait qu'ils s'endorment naturellement, et, le lendemain, ils sont tout prêts à travailler.
J'étais de ceux-là au début. Mais j'ai continué sans interruption pendant cinq ans, et maintenant il n'en est plus de même.
J'avais une vieille tante, par là-bas, du côté d'Agra. Elle m'a laissé quelque chose à sa mort, environ soixante roupies de rente par mois. Ce n'est pas beaucoup.