L'Anglais, qui buvait autant qu'il fumait, a cessé de venir.

Un des Persans a été tué dans une rixe, la nuit, près du grand puits qui se trouve à côté de la mosquée, il y a longtemps de cela, et la police a fermé le puits en disant qu'il en sortait du mauvais air. On a trouvé son cadavre au fond.

Ainsi, comme vous le voyez, il ne reste que moi, le Chinois, la femme de demi-caste que nous appelons la Memsahib (elle habitait ordinairement avec Fung-Tching), l'autre Eurasien et un des Persans.

Aujourd'hui la Memsahib a l'air très vieille.

Je crois que c'était une jeune femme quand la Porte s'ouvrit, mais à ce compte-là nous sommes tous vieux. Nous avons des centaines et des centaines d'années.

Il est bien difficile de se faire une idée du temps, à la Porte, et, d'ailleurs, le temps ne m'importe guère.

Je reçois mes soixante roupies régulièrement, chaque mois.

Il y a longtemps, bien longtemps, je gagnais mes trois cent cinquante roupies par mois, sans compter les revenants-bons, dans une grande entreprise de charpente à Calcutta.

J'avais une femme de bonne condition. Mais elle est morte. On dit que j'ai été cause de sa fin en m'adonnant à la Fumée. Peut-être est-ce vrai, mais il y a si longtemps que cela n'a pas d'importance.

Dans les premiers temps où je venais à la Porte, j'avais parfois des remords, mais tout cela est fini, passé depuis longtemps, et je touche mes soixante roupies régulièrement, tous les mois, et je suis parfaitement heureux.