—Essayez un peu, dit Ortheris, en se redressant aussi vivement que s'il eût été piqué.
Mulvaney se leva avec la même promptitude.
—Qu'est-ce que vous allez faire? dit-il.
—Aider Ortheris à gagner Bombay ou Karachi, à son choix. Vous n'aurez qu'à dire qu'il vous a quitté avant le goûter, et qu'il a laissé son fusil sur la berge.
—Raconter ça, moi! dit lentement Mulvaney. Très bien. Si Ortheris a l'intention de déserter, s'il déserte maintenant, et si vous, monsieur, qui avez été un ami pour moi et pour lui, vous voulez l'y aider, moi, Térence Mulvaney, sur ma parole, que j'ai toujours tenue, je vous jure de faire mon rapport comme cela. Mais…
Alors il se dirigea vers Ortheris et agita devant la figure de celui-ci la crosse de son fusil de chasse.
—Tu auras grand besoin de tes poings, Stanley Ortheris, si jamais tu te retrouves sur mon chemin.
—Ça m'est égal, dit Ortheris, j'en ai assez de cette vie de chien. Que j'aie seulement une occasion! Ne te joue pas de moi. Laisse-moi partir.
—Déshabillez-vous, dis-je, et changez de vêtements avec moi; ensuite je vous dirai ce que vous avez à faire.
J'espérais que l'absurdité de cette proposition arrêterait Ortheris, mais il avait ôté ses bottes d'ordonnance et sa vareuse avant même que j'eusse enlevé mon faux-col.