Le lendemain, je trouvai Muhammad-Din pleurant sans bruit, tout seul, sur le ravage que j'avais fait.

Quelqu'un avait eu la cruauté de lui dire que le sahib avait été très fâché de voir abîmer son jardin, et qu'il avait démoli tout l'ouvrage en lâchant de gros mots.

Muhammad-Din passa une bonne heure à effacer toute trace de sa digue, à faire disparaître les débris de porcelaine, et ce fut d'une figure toute larmoyante, toute contrariée, qu'il vint me dire: «Bonjour, tahib», quand je revins du bureau.

Une enquête sommaire eut ce résultat: Imam-Din fut chargé d'informer Muhammad-Din qu'il lui était permis, en vertu d'une faveur toute particulière de ma part, de faire tout ce qu'il voudrait dans le jardin.

Cela remonta le cœur du petit, qui se remit aussitôt à tracer sur le sol le plan d'un édifice qui devait éclipser le grand ouvrage de la balle de polo et des fleurs de souci.

Pendant quelques mois, cette drôle de petite créature potelée circula dans son petit domaine parmi les fourrés de ricins et dans le sable, s'occupant sans relâche à construire des palais magnifiques avec des fleurs fanées, tombées de leur tige, avec des galets polis par l'eau, des bouts de verre cassé, et des plumes arrachées, je crois, à mes poules, toujours tout seul, toujours se marmottant des histoires.

Un jour, une coquille marine aux bariolages de couleurs vives tomba comme par hasard près de son dernier édifice.

Je comptais bien que Muhammad-Din ferait à cette occasion quelque chose de splendide. Je ne fus pas déçu.

Il passa près d'une heure à méditer, et les histoires qu'il se racontait finirent par un chant joyeux.

Puis, il se remit à tracer un plan sur le sable.