Cela lui permet de se sentir un homme important, affairé, blasé, cynique; et dès qu'il se sent le foie pris, dès qu'il souffre du manque d'exercice, il peut rêver tristement à son amour perdu et goûter un très grand bonheur dans un état d'âme tendre et crépusculaire.

L'amourette de Hannasyde a été pour lui un bienfait d'en haut.

Elle datait de quatre ans et, depuis bien longtemps, la jeune personne n'y songeait plus.

Elle s'était mariée.

Elle avait ses nouveaux soucis, en bon nombre.

Dans les commencements, elle avait dit à Hannasyde que «bien qu'elle ne pût jamais être pour lui qu'une sœur, elle prendrait le plus grand intérêt à son bonheur futur».

Ce langage, d'une nouveauté si frappante, d'une si grande originalité, fournit matière, pendant plus de deux ans, aux méditations de Hannasyde, et sa vanité se chargea d'occuper les vingt-quatre mois qui suivirent.

Hannasyde était un tout autre type que Phil Garron[46], mais il n'en avait pas moins plusieurs traits communs avec ce personnage beaucoup trop veinard.

[46] Voir la nouvelle intitulée: Unie à un Incroyant, dans les Simples Contes des Collines.

Il couva son amour sans espoir, comme on soigne une pipe bien culottée, afin d'ajouter à son bien-être, et cela lui fit passer heureusement une saison à Simla.