«—En avant! cria Brazenose, en tirant brusquement son sabre. En avant, prenons la ville! Et que le Seigneur ait pitié de nos âmes!

«Alors les camarades poussèrent un hurlement épouvantable, et se lancèrent dans l'obscurité, cherchant la ville à tâtons, se frottant les yeux et se raidissant comme des maîtres de manège quand les herbes piquaient leurs jambes nues.

«Je tapai avec la crosse de mon fusil contre quelque chose en bambou qui avait l'air moins résistant.

«Les autres arrivèrent, et se mirent à taper à qui mieux mieux, tandis que les fusils pétaradaient et que des cris féroces, partant de l'intérieur, nous déchiraient les oreilles.

«A la fin, cette chose-là, quelle qu'elle fût, céda sous nos efforts, et nous tombâmes, vingt-six, l'un après l'autre, nus comme des nouveau-nés, dans la ville de Lungtungpen.

«Il y eut pendant un moment une sorte de mêlée furieuse, mais peut-être, en nous voyant tout blancs et tout mouillés, les indigènes nous prirent-ils pour une nouvelle sorte de diables ou une nouvelle sorte de dacoits.

«Ils se mirent à courir comme si nous étions tout cela à la fois, et nous bondîmes sur eux, baïonnette au canon, en riant comme des fous.

«Il y avait des torches dans les rues, et je vis le petit Ortheris qui se frottait l'épaule toutes les fois qu'il déchargeait mon martini à longue crosse, et Brazenose qui entrait dans la foule, sabre en main, comme Diarmid[8] à la conquête du Collier d'Or, à cela près qu'il n'avait pas un fil sur lui.

[8] Personnage fabuleux de la mythologie celtique irlandaise.

«Nous découvrîmes des éléphants, sous le ventre desquels étaient des dacoits, de sorte que, de besogne en besogne, nous fûmes occupés jusqu'au matin à nous rendre maîtres de la ville de Lungtungpen.