Voici un exemple de cet état d'âme.
Un employé sang mêlé réglait des papiers dans un bureau de paie. Il me dit:
—Savez-vous ce qui arriverait si je traçais une ligne en plus ou en moins sur cette feuille?
Il ajouta, d'un air de conspirateur:
—Cela désorganiserait tout le service des paiements dans toute l'étendue du cercle de la présidence. Le croiriez-vous?…
Si les gens n'avaient pas cette illusion de l'importance énorme de leurs emplois particuliers, je suppose qu'ils s'associeraient pour se tuer. Mais leur faiblesse est assommante, surtout quand leur auditeur sait qu'il est sujet au même travers.
Le secrétariat lui-même croit bien faire en prescrivant à un fonctionnaire du pouvoir exécutif, déjà surmené, de procéder au recensement des charançons du blé dans un district de cinq mille milles carrés.
Il y avait jadis au Foreign Office un homme… un homme qui y avait atteint l'âge moyen, et qui, s'il faut en croire des employés que leur jeunesse rendait irrespectueux, était en mesure de réciter à rebours, en dormant, les Traités et Concessions d'Aitchison.
Quel parti tirait-il de ce trésor de science? C'est ce que le secrétaire seul eût pu dire. Quant à lui, naturellement, il se gardait bien d'en parler.
Il se nommait Wressley, et c'était, en ce temps-là, un mot de passe que de dire: «Wressley en sait plus sur les États de l'Inde centrale, qu'aucun homme vivant.» Si vous ne disiez pas cela, vous passiez pour un petit esprit.