De nos jours, un homme qui déclarerait connaître l'enchevêtrement des tribus, des deux côtés de la frontière, serait d'une plus grande utilité, mais au temps de Wressley l'attention était surtout dirigée vers les États de l'Inde centrale.

On les appelait des «foyers», des «facteurs». On leur donnait des noms impossibles.

Et c'est là que se faisait sentir de tout son poids le fléau de la vie anglo-indienne.

Lorsque Wressley élevait la voix et disait que tels et tels avaient succédé à tels et tels sur un trône, le Foreign Office se taisait, et les chefs de service répétaient les deux ou trois derniers mots des phrases de Wressley en y ajoutant des «oui! oui!» et ils avaient conscience d'aider «l'Empire à faire face à de graves contingences politiques».

Dans les très grosses entreprises, un ou deux hommes font la besogne, tandis que les autres restent assis près d'eux, à causer et attendre la prochaine pluie de décorations.

Wressley était, dans la «firme» du Foreign Office, l'homme qui travaille, et, pour le maintenir à la hauteur de sa tâche et le remonter, quand il donnait des signes de défaillance, ses supérieurs faisaient le plus grand cas de lui et disaient que c'était un rude gaillard.

Il n'avait pas besoin qu'on lui passât la main dans le dos, parce qu'il était solidement bâti; mais le peu de caresses qu'il recevait le confirmaient dans sa conviction que personne n'était aussi nécessairement, aussi impérieusement indispensable à la stabilité de l'Inde, que Wressley des Affaires Étrangères.

Il y avait d'autres hommes capables, c'était bien possible, mais, entre tous les hommes, celui qu'on connaissait, que l'on honorait, en qui l'on avait confiance, c'était Wressley des Affaires Étrangères.

Nous avions, en ce temps-là, un vice-roi qui savait exactement comment il faut s'y prendre pour calmer un gros personnage indocile, ou remonter un pauvre hère que le collier blesse, afin que l'attelage soit bien équilibré.

Il faisait sur Wressley l'impression que je viens de définir, et l'homme le plus insensible peut se laisser démonter par les éloges d'un vice-roi.