Il fit de son mieux pour inspirer à la jeune fille quelque intérêt pour lui, c'est-à-dire pour son œuvre; miss Venner, de son côté, en vraie femme qu'elle était, fit de son mieux pour avoir l'air de s'intéresser à ce qu'elle appelait, derrière le dos de l'intéressé, «les Wajahs[49] de M. Wressley», car elle avait un joli zézaiement.
[49] Rajahs.
Elle n'y entendait absolument rien, mais elle faisait semblant de comprendre.
Cette erreur a causé le mariage de plus d'un homme jusqu'à ce jour.
Néanmoins la Providence veillait sur M. Wressley.
Il fut énormément frappé de l'intelligence de miss Venner. Il en aurait été bien plus émerveillé encore, s'il avait entendu comment elle racontait, en particulier et confidentiellement, les visites qu'il lui faisait.
Il avait ses idées à lui sur la manière de faire la cour aux jeunes filles. Selon lui, il fallait qu'un homme mît avec respect, à leurs pieds, ce qu'il avait fait de mieux pendant toute sa carrière.
Ruskin, je crois, a dit cela quelque part, mais dans la vie ordinaire, quelques baisers réussissent mieux, et font gagner du temps.
Un mois environ après que miss Venner lui eût pris son cœur, et qu'il eût, en conséquence, déplorablement gâché sa besogne, il conçut la première idée de son livre sur le gouvernement indigène dans l'Inde centrale, et cela le remplit de joie.
Tel qu'il l'esquissait, c'était une grande œuvre, une étude très vaste sur un sujet très attrayant, et il fallait, pour le traiter, toutes les connaissances spéciales et laborieusement acquises par Wressley, des Affaires Étrangères. C'était un présent digne d'une impératrice.