C'était un petit homme timide; il perdit cinq jours avant de reconnaître que mistress Dumoise souffrait d'une maladie plus grave qu'une fièvre ordinaire, et trois autres jours se passèrent avant qu'il prît sur lui d'aller trouver mistress Shute, la femme de l'ingénieur, et de lui conter avec embarras son inquiétude.

Dans presque tous les ménages de l'Inde, on sait que les médecins sont d'un très faible secours en cas de fièvre typhoïde.

C'est entre la mort et les gardes-malades que se livre la bataille, minute par minute, degré par degré.

Mistress Shute fut sur le point de gifler Dumoise pour ce retard qu'elle qualifia de criminel, et elle partit aussitôt soigner la pauvre petite.

Nous eûmes, cet hiver-là, sept cas de fièvre typhoïde à la station, et, comme le nombre des cas mortels est ordinairement d'un sur cinq, nous étions à peu près certains de subir une perte. Mais tout le monde fit de son mieux.

Les femmes passèrent leurs nuits au chevet des femmes. Les hommes en firent autant pour soigner les célibataires atteints. Nous luttâmes pendant cinquante-six jours contre ces cas de fièvre typhoïde, et nous ramenâmes triomphalement nos gens de la vallée des Ombres. Mais alors que nous pensions que tout était fini, et que nous nous préparions à organiser un bal pour célébrer cette victoire, la petite mistress Dumoise eut une rechute.

Une semaine plus tard, elle était morte, et la station suivait son convoi.

Dumoise défaillit au bord de la tombe, et il fallut l'emporter.

Veuf, Dumoise se traîna jusque chez lui, et refusa toute consolation.

Il s'acquitta parfaitement de ses devoirs, mais nous nous rendions tous compte qu'il avait besoin d'un congé, et ses collègues du service dont il dépendait le lui dirent.