Le cas de Moriarty était cette exception.

Il était ingénieur civil, et le gouvernement avait eu l'extrême attention de le placer tout seul dans un lointain district, où il ne pouvait causer qu'avec les indigènes, et où il avait beaucoup de besogne.

Il s'acquitta fort bien de sa tâche pendant quatre années de vie solitaire, mais il contracta le vice de boire en secret, tout seul, de sorte que, lorsqu'il revint du désert, il avait l'air plus vieilli, plus usé, plus égaré que ne l'eût fait présumer la vie funèbre qu'il avait menée.

Vous connaissez le dicton: un homme qui a passé plus d'un an seul, dans la jungle, n'a plus, jusqu'à la fin de ses jours, l'esprit tout à fait sain.

Les gens mettaient les façons étranges et bourrues de Moriarty sur le compte de la solitude, et selon eux, cela prouvait que le gouvernement gâtait l'avenir de ses meilleurs serviteurs.

Moriarty avait jeté les bases de son excellente réputation en construisant des ponts, des digues, des poutres en fer. Mais toutes les nuits de la semaine, il savait qu'il ruinait cette réputation en absorbant du Trois Étoiles, du Christopher, de petites rasades de liqueurs et d'autres poisons de cette sorte.

Il avait une constitution saine et un cerveau vigoureux, sans quoi il n'y aurait pas tenu et serait mort dans son district perdu, comme un chameau malade.

C'est ce qu'avaient fait avant lui des gens qui lui étaient supérieurs.

Le gouvernement l'envoya à Simla, après l'avoir rappelé du district, et il s'y rendit dans l'intention de solliciter un poste qui se trouvait alors vacant.

Cette saison-là, mistress Reiver,—que vous n'avez peut-être pas oubliée,—était à l'apogée de sa puissance, et bien des hommes subissaient son joug.