On a déjà dit de mistress Reiver, dans un autre récit, tout le mal qu'on peut dire d'elle.

Moriarty était d'une solide carrure, beau garçon, très tranquille, et il mettait un empressement fébrile à plaire aux gens quand il n'était point absorbé dans ses pensées.

Il sursautait facilement à un bruit soudain, ou quand on lui adressait la parole sans préambule; à dîner, quand vous le regardiez boire son verre d'eau, vous pouviez observer, dans sa main, un léger tremblement. Mais on mettait tout cela sur le compte de la nervosité; le monotone, le constant «encore un peu» et «encore un peu», prononcé dans sa chambre, quand il s'y trouvait seul, était ignoré de tous: chose miraculeuse, quand on sait à quel point tous les détails de la vie privée sont ici du domaine public.

Moriarty ne fut point englobé dans le cercle qui entourait mistress Reiver, car il n'eût point été, là, dans son élément, mais il n'en subit pas moins le pouvoir de cette dernière.

Il tomba à genoux devant elle et la regarda comme une déesse.

Cela venait de ce que, tout frais sorti de la jungle, il tombait dans une grande ville.

Il ne savait pas réduire les choses à leur juste proportion, ni les voir telles qu'elles étaient.

Mistress Reiver étant froide et dure, il la déclarait imposante, pleine de dignité.

Comme elle n'avait pas de cervelle et ne savait pas causer avec esprit, il la disait réservée et timide.

Timide, mistress Reiver!