Il dut éprouver des sensations toutes particulières au cours de cette lutte, mais il ne les a jamais décrites.
Parfois, il s'abstenait pendant toute une semaine de tout ce qui n'était pas de l'eau. Puis, par un jour de pluie, quand personne ne l'avait invité à dîner, quand il avait un grand feu dans sa chambre et qu'il s'y trouvait très confortablement installé, il restait chez lui, s'offrait une nuit entière de petites rasades, tout en bâtissant des plans pour s'amender, et finissait par se jeter sur son lit, complètement ivre.
Le lendemain matin, il avait mal aux cheveux.
Certain soir, la catastrophe se produisit.
Il avait l'esprit troublé par les efforts qu'il faisait pour «se rendre digne de l'amitié» de mistress Reiver.
Les dix derniers jours s'étaient fort mal passés et il reçut tout l'arriéré de deux ans et neuf mois de petites rasades, sous la forme d'un accès de delirium tremens d'un caractère atténué.
La crise commença par de la dépression, des idées de suicide se manifestant par sauts et par bonds, par de l'hystérie, pour finir par des propos absolument délirants.
A voir le pauvre Moriarty assis dans sa chaise devant le feu, à le voir aller et venir par la chambre, déchiquetant un mouchoir en petits morceaux, vous auriez cru qu'il pensait réellement à mistress Reiver car, dans ses divagations, il parlait d'elle et de sa propre chute, tout en entremêlant quelques calculs de mécanique à l'écheveau de ses idées.
Il parlait, parlait, parlait, d'une voix sèche, basse, s'adressant à lui-même, et rien ne pouvait l'arrêter.
Il semblait se douter que quelque chose allait de travers.