Comment tint-il son serment, et combien cela lui coûta-t-il dans les premiers temps, personne ne le sait.
Il vint certainement à bout de la tâche la plus ardue que puisse s'imposer un homme qui a bu avec excès. En déjeunant, il prenait son brandy et soda et son vin, mais il ne buvait jamais seul, et ne buvait jamais au point d'être à la merci de ce qu'il avait bu.
Un jour, il conta l'histoire de sa grande épreuve à un ami intime, disant qu'il devait son salut à «l'influence d'une pure et honnête femme, d'un ange, pour tout dire».
Son auditeur, surpris d'entendre dire quelque chose d'élogieux sur le compte de mistress Reiver, éclata de rire; ce rire lui coûta l'amitié de Moriarty.
Et Moriarty, qui aujourd'hui est marié avec une femme dix mille fois meilleure que mistress Reiver, à une femme convaincue que nul homme au monde n'est aussi bon, aussi intelligent que son mari,—Moriarty, donc, mourra en déclarant sous serment que mistress Reiver l'a sauvé de sa perdition dans ce monde et dans l'autre.
Personne ne crut un seul instant qu'elle avait eu connaissance du vice de Moriarty.
Si elle l'avait su, elle lui aurait brusquement tourné le dos, elle l'aurait repoussé avec mépris, et aurait fait part de sa découverte à tous ses amis. Pas un de ceux qui la connaissaient n'avait le moindre doute à ce sujet.
Moriarty la prit pour ce qu'elle ne fut jamais, et cette illusion le sauva.
Le résultat fut exactement le même que si elle avait été en toute chose telle qu'il se l'imaginait.
Mais il reste à savoir quelle part mistress Reiver pourra réclamer dans le salut de Moriarty, lorsqu'elle sera appelée elle-même à rendre ses comptes.