Le conseiller juridique avait bâti, rembourré, brodé, amendé ce projet jusqu'à ce qu'il parût beau, sur le papier.
Alors le Conseil se mit à travailler ce qu'on appelait les «détails secondaires», comme si le premier Anglais venu, légiférant pour les indigènes, en savait assez long pour connaître quels sont les détails secondaires et quels sont les détails essentiels, au point de vue indigène, dans une décision quelconque.
Le projet était le chef-d'œuvre du genre: «Sauvegarder les intérêts du tenancier.»
Un article prescrivait que la terre ne devait pas être louée pendant une période de plus de cinq années consécutives, parce que le propriétaire, s'il avait un tenancier lié pour plus longtemps, pour vingt ans par exemple, le pressurerait jusqu'à ce qu'il en mourût.
Le but qu'on se proposait, c'était de conserver une classe de cultivateurs indépendants dans les régions sous-montagneuses.
Du point de vue de l'ethnologie et de la politique, l'idée était juste. Le seul inconvénient de la chose était de porter entièrement à faux.
La vie d'un indigène, dans l'Inde, implique la vie de son fils.
En conséquence, il est impossible de légiférer pour une seule génération à la fois. Il faut tenir compte de la suivante, en se plaçant au point de vue indigène.
Et chose assez curieuse, l'indigène, ici ou là, mais surtout dans l'Inde du nord, déteste qu'on le protège trop contre lui-même.
Il y avait une fois un village Naga, où l'on mangeait les morts, mais où l'on enterrait les mules de l'Intendance… mais ceci est une autre histoire.