Pour bien des raisons qu'on déduira plus tard, les gens que le projet intéressait n'en voulaient guère.
Le membre indigène du Conseil en savait autant sur les habitants du Punjab que sur Charing Cross.
Il avait dit, à Calcutta, que «le projet était entièrement conforme aux désirs de cette classe nombreuse et importante, celle des cultivateurs», etc., etc.
La connaissance qu'avait des indigènes le conseiller juridique, était bornée à celle des Durbaris qui parlent anglais, et à celle de son propre chaprassis[24] rouge.
[24] Garçon de bureau.
Quant aux pays du pied des montagnes, ils n'intéressaient personne en particulier.
Les sous-commissaires étaient beaucoup trop passifs pour faire des représentations, et la mesure dont il s'agissait ne portait que sur de petits cultivateurs.
Néanmoins, le conseiller juridique souhaitait ardemment que son projet fût bon, car c'était un homme scrupuleux à l'extrême. Il n'ignorait pas que nul ne peut savoir ce que pensent les indigènes, à moins de se mêler avec eux, en se dépouillant de tout vernis. Et alors même on n'y arrive pas toujours. Mais il faisait de son mieux, selon ce qu'il savait. Le projet fut présenté au Conseil pour recevoir le dernier coup de pinceau, pendant que Tods, au cours de ses chevauchées matinales, allait et venait dans le bazar, jouait avec le singe du marchand Ditta Mull, et écoutait, comme un enfant peut écouter, les propos divers au sujet de ce nouvel exploit des Lat Sahibs.
Un jour, il y avait grand dîner chez la maman de Tods, et le conseiller juridique était des convives.
Tods était au lit, mais il resta éveillé jusqu'à l'heure où il entendit les éclats de rire des hommes, qui prenaient le café.