Tods ramassa la traîne de sa robe de nuit et s'en alla.

Le conseiller juridique laissa tomber sa main brusquement sur la table.

—Par Jupiter, fit-il, je trouve que le petit a raison. Le bail à court terme, voilà le point faible.

Il prit congé de bonne heure, en réfléchissant à ce qu'avait dit Tods.

Il était évidemment impossible à un conseiller juridique d'aller jouer avec le singe d'un marchand dans le but de s'éclairer, mais il fit mieux.

Il s'enquit, sans jamais oublier ce fait que l'indigène, le vrai,—non pas l'hybride, l'indigène bâtard qui a passé par l'enseignement universitaire,—s'effarouche aussi aisément qu'un poulain; et peu à peu, avec bien des précautions, il amena quelques-uns de ceux que la mesure intéressait de plus près, à exposer leur manière de voir, qui concordait avec le témoignage de Tods.

Aussi le projet de loi fut-il modifié sur cet article.

Le conseiller était fortement tenté de croire que les membres indigènes du conseil ne représentent guère que les ordres dont leurs poitrines sont chamarrées, et cette pensée le mettait mal à l'aise, mais il l'écarta comme anti-libérale. Car c'était un homme très libéral.

Au bout de quelque temps, la nouvelle se répandit dans les bazars que Tods avait obtenu la modification du bill relatif aux clauses de fermage, et, si sa maman ne s'y était opposée, Tods se serait rendu malade, avec tous les paniers de fruits, de pistaches, de raisins de Caboul, et d'amandes qui s'entassaient dans la véranda.

Jusqu'à son départ pour l'Angleterre, Tods fut de quelques degrés au-dessus du vice-roi dans la considération populaire; mais sa petite personnalité ne put jamais comprendre pourquoi.