La cérémonie ne coûte même pas cinquante shillings, et elle ressemble étonnamment à une visite au mont-de-piété. Une fois la déclaration de résidence faite, il ne faut que quatre minutes pour le reste des démarches: paiement des droits, attestations, etc. Puis l'officier de l'état civil passe le buvard sur les noms, et, tenant d'un air farouche sa plume entre ses dents, prononce:
—Maintenant vous êtes mari et femme.
Et le couple regagne la rue, avec la sensation qu'il y a, dans tout cela, quelque chose d'horriblement illégal.
Mais la formalité est définitive. Elle peut mener l'homme à sa perte, aussi sûrement que cette malédiction lancée des grilles de l'autel: «Aussi longtemps que vous vivrez l'un et l'autre», pendant que les demoiselles d'honneur rient au second rang, et que l'on chante La voix venue de l'Éden à faire crouler le plafond.
C'est ainsi que fut pincé Dicky Hatt, et il en fut parfaitement enchanté, car il avait obtenu un emploi dans l'Inde, avec un traitement magnifique, selon les idées du pays natal.
Le mariage devait rester secret pendant un an.
Alors mistress Dicky Hatt s'embarquerait, et le reste de leur existence se passerait dans un nuage de gloire et d'or.
Tels étaient les projets qu'ils esquissaient sous les becs de gaz de la gare d'Addison Road.
Après un mois trop bref, ce fut Gravesend et le départ de Dicky pour sa nouvelle existence, tandis que la petite pleurait dans une chambre à coucher-salon à trente shillings par semaine, dans une des rues qui s'étendent derrière Montpelier Square, près de la caserne de Knightsbridge.
Mais le pays où l'on envoyait Dicky Hatt était un rude pays, où les «hommes» de vingt et un ans étaient tenus pour de tout petits garçons, et où la vie était chère.