Le salaire, qui paraissait si gros à six mille milles de distance, n'alla pas bien loin, surtout quand Dicky en eut fait deux parts, dont il envoya la plus grosse à Montpelier Square.
Cent trente-cinq roupies sur trois cent trente, ce n'est pas grand'chose pour vivre, mais il était absurde de supposer que mistress Hatt pût subsister éternellement avec les vingt livres que Dicky Hatt avait prélevées sur son allocation d'équipement.
Dicky le voyait bien. Il envoya le subside, sans jamais oublier les sept cents roupies qu'il faudrait payer, douze mois plus tard, pour la traversée d'une dame, en première classe.
Ajoutez à ces menus détails les instincts naturels d'un tout jeune homme qui commence une vie nouvelle, dans un pays nouveau pour lui, qui désire aller et venir, se donner du plaisir, la nécessité de s'attaquer résolument à un travail nouveau qui, à vrai dire, est capable d'absorber à lui seul l'attention d'un tout jeune homme, et vous verrez que Dicky était handicapé dès le départ.
Il s'en aperçut lui-même pendant une ou deux reprises d'haleine, mais il ne pressentit pas toute la beauté de son avenir.
A mesure que s'avançait la saison chaude, les entraves s'appesantissaient sur lui, et entamaient les chairs.
D'abord, il arriva des lettres, de grandes lettres pliées, de sept pages, où sa femme lui disait combien il lui tardait de le voir, et comment leur intérieur deviendrait le paradis terrestre dès qu'ils seraient réunis.
Puis, des camarades qui logeaient dans la même maison que Dicky, venaient taper bruyamment à la porte de sa chambrette nue, pour l'inviter à venir voir un poney qui ferait parfaitement son affaire.
Dicky n'était pas en mesure de se payer des poneys. Il lui fallut l'expliquer.
Dicky n'avait pas les moyens de vivre plus longtemps dans cette maison, si modeste qu'elle fût.