Pinecoffin fit une carte coloriée de la population porcine et recueillit des observations comparées sur la longévité du cochon: a, dans les régions sous-montagneuses de l'Himalaya; b, dans le Rechna-Doab.

Nafferton classa ces renseignements et demanda quelle espèce de gens s'occupaient du cochon.

Cela eut pour conséquence une dissertation ethnologique sur les porchers, et fit produire à Pinecoffin de longues tables indiquant combien il y avait de porchers par mille habitants dans le Derajat.

Nafferton classa ce nouveau dossier et expliqua que les chiffres dont il avait besoin se rapportaient aux domaines d'en deçà du Sutlej, où il avait appris que les cochons étaient très beaux, très grands, et où il se proposait d'établir une porcherie modèle.

A ce moment-là, le gouvernement avait totalement oublié les instructions qu'il avait données à Pinecoffin.

Le gouvernement agissait comme ces gentlemen qui, dans le poème de Keats, font tourner des roues bien graissées pour écorcher d'autres hommes. Mais Pinecoffin en était encore à ses débuts dans cette chasse au cochon, où Nafferton savait bien qu'il se lancerait.

Il avait sur les bras assez d'ouvrage professionnel, mais il passait des nuits à réduire le cochon en statistiques à cinq décimales, pour l'honneur de son administration. Il n'entendait pas passer pour un ignorant sur un sujet aussi aisé à traiter.

A ce moment, le gouvernement l'envoya en mission spéciale à Kohat, pour faire une enquête sur les grandes bêches de sept pieds, à tranchant de fer, employées dans ce district.

Des gens s'étaient entre-tués avec cet outil pacifique, et le gouvernement désirait savoir «si une modification dans la forme de l'outil agricole ne pouvait être tentée, à titre d'essai temporaire, et introduite parmi la population rurale, tout en évitant de choquer inopportunément ou d'irriter mal à propos les sentiments religieux des paysans». Avec ces bêches et le cochon de Nafferton, Pinecoffin avait à porter un fardeau assez lourd.

Nafferton se mit dès lors à chercher: a, la quantité de nourriture qu'exigeait le cochon indigène, cela en vue de s'assurer si on ne pourrait pas améliorer son aptitude à l'engraissement; b, la possibilité d'acclimater le cochon exotique, tout en lui conservant ses caractères distinctifs.