C'est presque toujours un grand cheval pie, importé de la Nouvelle-Galles du Sud. C'est là un point d'honneur, et un régiment dépensera tout l'argent qu'on voudra pour avoir un cheval pie.
Ce cheval n'est soumis à aucun des règlements sur la réforme. Son travail est des plus faciles. Il ne manœuvre qu'au pas. Donc, aussi longtemps qu'il peut se tenir et garder sa belle prestance, son bien-être est assuré.
Il en sait plus long que l'adjudant[35] sur le régiment, et lors même qu'il le ferait exprès, il n'arriverait pas à se tromper.
[35] Officier adjoint au chef de corps.
Le cheval-tambour des Hussards blancs n'avait que dix-huit ans. Il suffisait parfaitement à sa tâche. Il était en état de travailler au moins six ans encore, et il avait dans son port autant de pompe, de dignité qu'un tambour-major de la Garde royale.
Le régiment l'avait payé dix-huit cents roupies.
Mais le colonel dit qu'il fallait s'en défaire. On le réforma selon toutes les règles. On le remplaça par une bête d'un bai sale, aussi laide qu'une mule, avec un cou de mouton, une queue pelée comme celle d'un rat, et des jarrets de vache.
Le tambour détestait cet animal, et les meilleurs chevaux de la fanfare dressaient les oreilles et montraient le blanc des yeux rien qu'en le voyant; ils le regardaient comme un parvenu et non comme un gentleman.
J'imagine que les idées du colonel sur le chic s'étendaient à la fanfare et qu'il entendait l'obliger à prendre part aux revues ordinaires.
Une fanfare de régiment est chose sacrée. Elle ne sort que pour les revues passées par les officiers qui commandent en chef, et le chef de musique est d'un degré au-dessus du colonel, au point de vue de l'importance.