LA CONVERSION D'AURÉLIEN MAC GOGGIN

Montez à cheval avec une vaine cravache, montez à cheval avec des éperons édentés: soit! Mais un jour, d'une façon ou d'une autre, il faudra que le poulain apprenne à connaître le coup cinglant qui abat, le mors qui serre à briser et la piqûre que fait la rouille de l'éperon.

(Le Handicap de la Pie)

Ceci n'est pas un conte, au sens propre; c'est un tract, et j'en suis immensément fier, composer un tract, c'est faire un tour de force.

Chacun a le droit d'avoir ses opinions religieuses à soi, mais personne, et à plus forte raison un cadet, n'a le droit de les faire avaler par force à autrui.

Le gouvernement envoie de temps à autre de fantastiques fonctionnaires, mais Mac Goggin était le plus cocasse qu'on eût exporté depuis bien longtemps.

Il était intelligent, d'une intelligence brillante, mais cette intelligence travaillait de travers.

Au lieu de s'en tenir aux ouvrages en langue maternelle, il avait lu ceux qui ont été composés par un nommé Comte, par un nommé Spencer, par un professeur Clifford. (Vous trouverez ces livres dans la bibliothèque.) Il est question dans ces ouvrages de l'intérieur des gens considéré au point de vue de ceux qui n'ont point d'estomac.

Il ne lui était point défendu, par ordre spécial, de les lire, mais sa maman eût bien dû l'en punir par une fessée. Ils fermentaient dans sa tête et il arriva dans l'Inde avec une religion raréfiée qui était en dehors et au-dessus de sa besogne.

Ça ne ressemblait que très peu à un credo.

Cela prouvait seulement que les hommes n'ont pas d'âme, qu'il n'y a point de Dieu, point d'autre vie, et que vous devez vous mettre en quatre tout de même, pour servir l'humanité.