«Ses bottines et ses guêtres étaient couvertes de boue et de taches de bière.

«Il avait sur la tête une sorte de tas de fumier d'un blanc sale, qui pendait en lambeaux sur ses épaules fortement égratignées.

«Il était à moitié couvert d'une chemise presque fendue en deux morceaux, et il demandait à la garde de regarder le nom, qui était marqué sur le pan.

«Comme il avait tiré sa chemise par-dessus sa tête, je ne pus tout d'abord voir qui il était, mais je m'imaginai que c'était un soldat qui était dans le premier cas de désertion, d'après les jurons qu'il lançait en se débattant dans ses guenilles.

«Quand il se fut retourné, et que j'eus tenu compte d'une bosse aussi grosse qu'un pain au jambon, qu'il avait au-dessus d'un œil, de quelques plaques vertes de peinture de guerre qu'il avait sur la figure, et des quelques raies violettes qui lui zébraient les épaules, je vis que c'était Létourdi.

«Il fut très heureux de me voir, ajoutait le major, et il me déclara qu'il espérait que je ne soufflerais mot de l'affaire au mess.

«Je n'en ai rien dit, mais vous pouvez le faire, si cela vous plaît, maintenant que Létourdi est retourné au pays.»

Létourdi passa une grande partie de cet été à faire des démarches pour qu'on traduisît en cour martiale le caporal et les deux soldats pour avoir arrêté «un officier et un gentleman».

Naturellement, ils étaient navrés de leur erreur.

Mais l'histoire se fit jour jusqu'à la cantine du régiment, et de là elle fit le tour de la province.