DANS LA MAISON DE SUDDHOO

Éloignez-vous à un jet de pierre sur la droite et sur la gauche de cette route bien entretenue où nous marchons et aussitôt l'univers prend un aspect farouche, étrange. Churel et goule, et djinn et esprit nous tiendront compagnie cette nuit, car nous voici arrivés au plus vieux des pays, à celui que parcourent en liberté les puissances des ténèbres.

(Du crépuscule du soir au crépuscule du matin)

La maison de Suddhoo, tout près de la porte de Taksali, a un étage, avec quatre fenêtres en vieux bois brun sculpté, et un toit plat.

Vous pouvez la reconnaître à cinq annonces rouges imprimées à la main et disposées comme le cinq de carreau sur le badigeon, entre les fenêtres du haut.

Bhagwan-Dass l'épicier et un homme qui, dit-il, gagne sa vie à graver des cachets, habitent au rez-de-chaussée, avec leur bande d'épouses, de domestiques, d'amis et de familiers.

Les deux chambres d'en haut étaient ordinairement occupées par Janoo et Azizun, ainsi que par un petit terrier noir et tan, qui avait été volé à un Anglais et donné à Janoo par un soldat.

Aujourd'hui il ne reste plus que Janoo dans les chambres d'en haut.

Suddhoo couche généralement sur le toit, à moins qu'il ne dorme dans la rue, mais, dans la saison froide, il va d'habitude à Peshawar rendre visite à son fils qui vend des curiosités près de la porte d'Edwardes; et alors il dort sous un vrai toit de terre.

Suddhoo est mon grand ami, parce que son cousin a un fils qui, grâce à ma recommandation, a obtenu un emploi de messager en chef dans une grosse maison de la localité.

Suddhoo dit que Dieu fera de moi un de ces jours, un lieutenant-gouverneur, et j'ose croire que sa prédiction se réalisera.