C'était un homme encore jeune, d'allure tranquille, de teint foncé, maigre, avec des yeux noirs, un très agréable compagnon quand il ne pensait point à autre chose. C'était un régal que d'entendre Strickland parler de la civilisation des indigènes telle qu'il l'avait vue.
Les indigènes haïssaient Strickland, mais ils avaient peur de lui.
Il en savait trop long.
Quand les Youghal arrivèrent à la station, Strickland,—avec l'extrême gravité qu'il mettait en toutes choses—devint amoureux de miss Youghal, et elle s'éprit de lui, au bout de quelque temps, parce qu'il demeurait pour elle une énigme.
Alors Strickland fit sa demande aux parents, mais mistress Youghal répondit qu'elle n'entendait point marier sa fille dans l'administration la plus mal payée de l'empire. Le vieux Youghal ajouta en propres termes que les façons de Strickland ne lui inspiraient aucune confiance et qu'il lui serait bien obligé de ne plus parler ni écrire à sa fille.
—Très bien! dit Strickland, car il n'entendait point faire de son amour un lourd fardeau.
Il eut un long entretien avec miss Youghal.
Après quoi il n'ouvrit plus la bouche à ce sujet.
En avril, les Youghal se rendaient à Simla.
En juillet, Strickland se fit donner un congé de trois mois pour «affaires personnelles urgentes». Il ferma sa maison, bien que pas un indigène ne se fût pour rien au monde hasardé à porter la main sur ce qui appartenait à «Sahib Estrekin» et alla voir un de ses amis, un vieux teinturier à Tarn Taran.