Un de ces jours, je vous apprendrai comment il manqua à sa promesse pour tirer un ami d'embarras. Mais il y a longtemps de cela, et maintenant il est presque entièrement perdu pour ce qu'il appelait la chasse. Il a oublié l'argot, la langue des mendiants, les marques, les signaux, la direction des courants de fond, qu'un homme doit réapprendre sans cesse, s'il veut demeurer un maître.
Mais il remplit ses feuilles statistiques en parfait administrateur.
UNIE A UN INCROYANT
Je meurs pour vous, et vous mourez pour un autre.
(Proverbe du Punjab)
Quand la locomotive de Gravesend s'éloigna du steamer de la Peninsular and Oriental pour remorquer le train à la ville, elle emporta bien des gens en pleurs. Mais aucune de ces personnes ne pleurait plus abondamment, plus sincèrement que miss Agnès Laiter.
Elle avait bien de quoi pleurer, car le seul homme qu'elle aimât au monde,—le seul qu'elle pût jamais aimer, à ce qu'elle disait—partait pour l'Inde, et comme chacun sait, l'Inde est partagée par parties égales entre la jungle, les tigres, les cobras, le choléra et les cipayes.
Phil Garron, appuyé au bastingage du flanc du steamer, sous la pluie, se sentait aussi fort malheureux, mais il ne pleurait point.
On l'envoyait s'occuper de «thé». Qu'était-ce que ce thé? Il n'en avait pas la moindre idée, mais il s'imaginait qu'il aurait à monter un cheval fringant pour parcourir des collines couvertes d'arbrisseaux à thé, qu'il toucherait pour cela une solde magnifique, et il savait très bon gré à son oncle de lui avoir procuré cette niche.
Il avait sincèrement l'intention de réformer ses habitudes de laisser-aller et de gaspillage. Il mettrait tous les ans de côté une grande partie de son superbe traitement, et au bout d'un temps très court, il reviendrait épouser Agnès Laiter.
Phil Garron était resté trois ans à flâner autour de son amie.