Nous nous réunîmes, à dix heures, sur le terrain de manœuvre.
La nuit était d'une chaleur terrible.
Les chevaux, bien qu'allant au pas, étaient couverts de sueur, mais plutôt que de rester dans nos sombres demeures tout paraissait supportable.
Quand on se mit en marche sous la pleine lune, nous étions quatre couples, un groupe de trois, et moi. Saumarez accompagnait à cheval les misses Copleigh, et je flânais à l'arrière de la procession, en me demandant avec laquelle Saumarez reviendrait.
Tout le monde était heureux et content, mais nous nous doutions tous que quelque chose allait se produire.
Nous allions lentement.
Il était près de minuit quand nous arrivâmes à la tombe antique, faisant vis-à-vis à la pièce d'eau en ruines, dans les jardins abandonnés où nous allions boire et manger.
J'arrivai en retard, et avant que j'eusse pénétré dans le jardin, je remarquai à l'horizon, au nord, un coup de lumière indécise, d'un ton noir foncé. Mais personne ne m'aurait su gré de gâter une partie de plaisir aussi bien organisée que ce pique-nique, et un ouragan de poussière de plus ou de moins ne fait pas grand mal.
On se groupa au bord de la pièce d'eau.
Quelqu'un avait apporté un banjo—c'est un instrument très sentimental—et trois ou quatre d'entre nous chantèrent.