Oubliez tout net les réceptions, les listes d'invités aux palais du gouvernement, les bals de corporations commerciales; partez le plus loin possible de tous les êtres, de toutes les personnes que vous connaissez dans votre milieu respectable,—et tôt ou tard vous franchirez la ligne où s'arrête la dernière goutte de sang blanc, et que bat de ses flots la marée montante du sang noir.

Il serait plus aisé d'entrer en conversation avec une duchesse de création récente, alors qu'elle est sous le coup de l'émotion que de causer avec les habitants de la zone frontière sans enfreindre quelques-unes de leurs conventions, sans heurter un de leurs sentiments.

Les relations se compliquent de la façon la plus bizarre entre le Noir et le Blanc.

Parfois le Blanc éclate en accès d'orgueil farouche, puéril,—qui sont l'orgueil de race devenu difforme; parfois ce sont chez le Noir des crises plus farouches encore d'abaissement, d'humilité, des usages à demi païens, d'étranges, d'inexplicables impulsions criminelles.

Un de ces jours, ces gens-là, entendez-moi bien, il s'agit de gens très inférieurs à la classe d'où sortit Derozio, l'homme qui imita Byron,—ces gens-là donneront naissance à un écrivain, à un poète,—et alors nous saurons comment ils vivent, et ce qu'ils sentent.

Jusqu'alors aucune des histoires qu'on racontera sur eux ne pourra être absolument vraie, soit par elle-même, soit dans les conclusions qu'on en tire.

Miss Vezzis vint de l'autre côté de la ligne frontière pour soigner quelques enfants appartenant à une dame, jusqu'à ce qu'une nourrice déjà retenue pût arriver.

La dame disait que miss Vezzis était une bonne incapable, malpropre, inattentive.

Il ne lui vint jamais à l'esprit que miss Vezzis avait son existence à diriger, ses propres affaires pour lui donner du souci, et que ces affaires-là étaient la chose la plus importante qu'il y eût au monde pour miss Vezzis.

Bien peu de maîtresses admettent ce genre de raisonnement.