Vers la fin de son dîner avec les deux chapelains, le colonel déboutonna son gilet et se pencha sur la table pour jeter un coup d'œil sur quelques rapports de missionnaires. La barrette de la chaîne de montre passa peu à peu à travers la boutonnière, et la montre,—la montre de Platte,—glissa sans bruit sur le tapis. C'est là que le porteur la trouva le lendemain, et il la garda.
Alors le colonel partit pour retourner auprès de l'épouse de son cœur, mais le conducteur de la voiture était ivre et il s'égara. Aussi le colonel rentra-t-il à une heure indue, et ses excuses ne furent point écoutées.
Si la femme du colonel avait été un de ces «vases ordinaires voués à la destruction» elle aurait compris que quand un homme fait exprès de s'attarder, il se munit toujours d'une excuse plausible et originale. Et la simplicité démesurée de l'explication que donnait le colonel était une preuve de sa bonne foi.
Mais regardez encore Kismet à l'œuvre!
La montre du colonel, qui était arrivée si brusquement avec Platte sur la pelouse de mistress Larkyn, jugea bon de s'arrêter tout juste sous la fenêtre de mistress Larkyn, qui la vit à cet endroit le lendemain matin de bonne heure, la reconnut et la ramassa.
Elle avait entendu le bruit que faisait la carriole de Platte en versant, à deux heures de ce matin-là. Elle l'avait entendu apostropher la jument. Elle connaissait Platte et il lui plaisait.
Ce jour-là, elle lui fit voir la montre, et écouta son histoire.
Il tourna la tête de côté, cligna de l'œil et dit:
—C'est dégoûtant! Quel vieux polisson! Et avec tant d'étalage de principes religieux encore! Je devrais envoyer la montre à la femme du colonel et lui demander des explications.
Mistress Larkyn songea une minute aux Laplace—elle les avait connus au temps où le mari et la femme croyaient l'un à l'autre, et elle répondit: