Sûrement cette voix-là n’était point celle de mistress Wessington!

Les deux hommes avaient surpris les propos que je tenais en l’air, tout seul, et ils étaient revenus sur leurs pas pour me regarder.

Ils se montrèrent très bons, très calmes, et d’après leurs propos, il était aisé de conclure qu’ils me jugeaient tout à fait gris.

Je les remerciai en phrases confuses et rentrai au trot à mon hôtel.

J’y changeai de toilette et j’arrivai chez les Mannering avec dix minutes de retard.

Je donnai comme excuse que la nuit était très noire. Kitty me gronda pour ce retard indigne d’un amoureux et je m’assis.

La conversation était déjà devenue générale, ce qui me permettait d’adresser quelques tendres propos à mon adorée, quand je m’aperçus qu’à l’autre bout de la table un homme replet, aux favoris rouges, racontait, avec force embellissements, sa rencontre avec un ivrogne inconnu, ce soir-même.

Quelques détails me convainquirent que le sujet de son récit était l’incident qui avait eu lieu une demi-heure auparavant.

Au milieu de son récit, il jeta des regards autour de lui pour quêter des applaudissements, ainsi que le font les conteurs de profession et soudain il s’écroula désemparé sur son siège.

Il y eut un moment de silence embarrassant.