—Dites donc, Pansay, que diable aviez-vous donc ce soir sur la route de l’Élysée?

La soudaineté de la question m’arracha une réponse avant que j’eusse le temps de me mettre en garde.

—Ça! dis-je en montrant du doigt la Chose.

—Ça, ce doit être le D. T.[J] ou bien l’hallucination, si je ne me trompe. Or, vous ne buvez pas, je l’ai bien vu au dîner. Donc, ça ne peut pas être du D. T. Il n’y a absolument rien à l’endroit que vous me montrez, et cependant vous suez, vous tremblez de peur comme un poney effrayé. D’où je conclus que c’est une hallucination. Et je dois m’y connaître. Venez jusque chez moi. Je demeure là-bas sur la route basse de Blessington.

A mon extrême joie, le rickshaw, au lieu de nous attendre, marcha à vingt pas en avant de nous et le fit à notre allure, que nous prenions le pas, le grand trot ou le petit trot.

Pendant la durée de cette longue nuit, je dis à mon compagnon tout ce que je vous ai dit jusqu’à présent.

—Eh bien, vous avez gâché une des meilleures histoires sur laquelle j’aie jamais mis la langue, dit-il, mais je vous pardonne à raison de ce que vous avez souffert. Venez chez moi maintenant, et faites ce que je vous ordonnerai et quand je vous aurai guéri, jeune homme, que cela vous apprenne à éviter les femmes et les mets indigestes jusqu’au jour de votre mort.

Le rickshaw marchait d’une allure régulière, en avant, et mon ami aux rouges favoris semblait prendre grand plaisir à m’entendre décrire avec précision les détails de l’aventure.

—Hallucination, Pansay. Tout est dans l’œil, le cerveau et l’estomac. Mais le plus essentiel de tous, c’est l’estomac. Vous avez un cerveau trop gonflé, un trop petit estomac, et des yeux profondément atteints. Rétablissez l’estomac, et le reste suivra. Et donnez tout ce qui est français pour une pilule hépatique. Je me charge d’être votre seul médecin à partir de cette heure. Vous êtes un phénomène beaucoup trop intéressant pour m’en dessaisir.

A ce moment, nous étions dans les ombres épaisses de la route basse de Blessington.