Elle.—Eh bien, voilà la réponse à votre question. Suis-je suffisamment humiliée, ou tenez-vous à me demander s’il y en a encore un autre?

Lui.—Je comprends maintenant. Ma chérie, je n’ai pas eu un seul instant cette idée. Je plaisantais seulement. Voilà! Quelle chance qu’il n’y ait eu personne sur la route. On aurait été scandalisé.

Elle.—On le sera bien davantage avant la fin.

Lui.—Non, pas cela! Je n’aime pas à vous entendre parler ainsi.

Elle.—Homme déraisonnable! Qui donc m’a demandé d’envisager face à face la situation et de l’accepter? Dites moi, est-ce que j’ai l’air d’une mistress Penner? Ai-je l’air d’une coquine? Jurer, ce n’est point dans mes habitudes. Donnez-moi votre parole d’honneur, mon honorable ami, que je ne ressemble point à mistress Buzgago. Voici sa pose, avec les mains jointes derrière la tête. Aimez-vous cela?

Lui.—Ne posez pas!

Elle.—Je ne pose pas. Je suis mistress Buzgago. Écoutez:

Pendant une anné tout entière
Le Régiment n’a pas r’paru,
Au Ministère de la Guerre
On le r’porta comme perdu.
On r’nonçait à retrouver sa trace,
Quand un matin, subitement,
On le vit r’paraître sur la place,
L’Colonel toujours en avant.

Voilà comment elle roule ses rr. Est-ce que je lui ressemble?

Lui.—Non, mais je trouve mauvais que vous persistiez à jouer la cabotine et à chanter de ces choses-là. Où diable avez-vous bien pu ramasser la Chanson du Colonel? Ce n’est pas une chanson de salon. Elle n’est pas convenable.