Quand on sera bien rempli de ce principe, on ne s'en laissera plus imposer par des tissus de sophismes, destinés à prouver que toutes les maladies viennent d'une cause, & que cette cause est de nature à ceder au remede vanté. On comprendra d'abord qu'une telle assertion est le comble de la fourberie ou de l'ignorance; & l'on découvrira bientôt où est le sophisme. Peut-on esperer de guérir une hydropisie, qui vient de ce que les fibres sont trop lâches, & le sang trop dissous, avec les remedes qu'on emploie pour guérir une maladie inflammatoire, dans laquelle les fibres sont trop roides & le sang trop épaissi. Parcourez les annonces publiques, vous trouverez dans toutes des vertus aussi contradictoires; & ceux qui les font seroient sans doute punissables juridiquement.

§. 571. Je souhaite qu'on fasse une réflexion, qui se présente naturellement. Je n'ai traité que d'un petit nombre de maladies, ce sont presque toutes des maladies aigües; je puis assurer qu'aucun Medecin éclairé, n'a jamais employé moins de remedes; cependant j'en indique près de soixante & dix, & je ne saurois lequel retrancher, si j'y étois obligé. Comment peut-on esperer, que l'on guérira avec un seul remede, dix & vingt fois plus de maladies que je n'en indique.

§. 572. J'ajouterai une observation très importante, & qui se seroit sans doute presentée à plusieurs lecteurs; c'est que les différentes causes des maladies, leurs divers caracteres, les différences qui dépendent des changemens nécessaires qui arrivent pendant leur durée, les complications dont elles sont susceptibles, les variétés qui dépendent des épidémies, des saisons, des sexes, de plusieurs autres circonstances, obligent très souvent à faire des changemens dans les remedes; ce qui prouve combien il est dangereux d'en ordonner sans des connoissances plus nettes, que celles qu'ont ordinairement les personnes qui ne sont pas Medecins; & la circonspection doit, dans ces cas, être proportionnée à l'intérêt qu'on prend au malade, & à la charité dont on est animé.

§. 573. Les mêmes considérations, ne font-elles pas sentir la nécessité d'une entiere docilité, de la part du malade & des assistans. L'histoire des maladies, qui ont leurs tems limités pour naître, se développer, rester dans leur force, décroître, ne démontre-t-elle pas, & la nécessité de la continuation des mêmes remedes, aussi long-tems que le caractere de la maladie est le même, & le danger d'en changer fréquemment, par la seule raison, que celui qu'on a ne soulage pas dans le moment. Rien ne nuit plus au malade, que cette instabilité. L'on doit, après avoir examiné les indications que fournit la maladie, choisir le remede le plus propre à en combattre la cause, & en continuer l'usage, tant qu'il ne survient aucune circonstance nouvelle qui oblige à le changer, à moins qu'on ne reconnoisse évidemment qu'on s'est trompé. Mais s'imaginer qu'un remede est inutile, parcequ'il ne détruit pas la maladie au gré de notre impatience, & le rejetter pour en prendre un autre, c'est casser sa montre parceque l'éguille emploie douze heures à faire le tour du cadran.

Les Medecins font quelque attention aux urines des malades; mais c'est une ignorance crasse, que de croire, & le comble de la fourberie, que de persuader, que leur seule inspection suffit pour juger des symptômes, de la cause, & des remedes d'une maladie. Le seul bon sens le démontre, & je n'en détaillerai point les preuves.

QUESTIONS
Auxquelles il est absolument nécessaire de savoir répondre quand on va consulter un Médecin.

§. 574. Il faut beaucoup d'attention & d'habitude pour bien juger de l'état d'un malade qu'on ne voit pas, lors même qu'on est instruit aussi exactement qu'on peut l'être de loin. Mais cette difficulté est fort augmentée, & même changée en impossibilité, quand l'information n'est pas exacte. Il m'arrive souvent qu'après avoir questionné des paysans, qui viennent du dehors, je n'ose rien leur ordonner, parcequ'ils n'ont pas pû m'instruire assez pour me mettre à même de juger de la maladie. C'est pour prévoir cet inconvénient, que je joins ici une liste des questions auxquelles il faut pouvoir répondre.

Questions communes.

Quel âge a le malade?

Jouissoit-il d'une bonne santé?