Les premiers symptomes étoient, comme dans les maux ordinaires, le frisson, la chaleur, l'abbattement, le mal de tête, le mal de gorge: mais ce qui les distinguoit; c'est 1. que, souvent les malades avoient de la toux, & un peu d'oppression. 2. Le pouls étoit plus vite, mais moins dur & moins fort, qu'il ne l'est ordinairement dans les maux de gorge. 3. Ils avoient une chaleur acre, seche, & une grande inquiétude. 4. Ils crachoient moins qu'on ne crache ordinairement dans le mal de gorge, & avoient la langue très seche. 5. Quoiqu'ils eussent de la peine à avaler, cependant ce n'est pas ce qui les incommodoit le plus, & ils pouvoient boire suffisamment. 6. Le gonflement & la rougeur des amigdales, de la luette, & du fond du palais, n'étant que peu considérables, mais les glandes parotides & maxillaires, & surtout les premieres, étant extrêmement gonflées, & enflammées, la douleur dont ils se plaignoient le plus, étoit cette douleur extérieure. 7. Quand le mal étoit grave, tout le col se gonfloit; & quelquefois même les vaisseaux qui rapportent le sang du cerveau étant gênés, les malades avoient de l'assoupissement & du délire. 8. Les redoublemens de la fievre étoient assez irreguliers. 9. Les urines n'étoient pas aussi enflammées que dans les autres maux de gorge. 10. La saignée & les autres remedes ne les soulageoient pas aussi promptement, & le mal étoit plus long. 11. Il ne venoit pas à suppuration, comme les autres especes, mais quelquefois les amigdales s'ulceroient. 12. Presque tous les enfans, & un très grand nombre d'adultes poussoient, ou dès le premier jour, ou seulement les jours suivans, jusques au sixieme, une ébullition, qui, chez quelques-uns, ressembloit assez à la rougeole; mais d'une couleur moins vive, & sans aucune élevation. Elle commençoit au visage, au bras, de-là aux jambes, aux cuisses, au corps, & se retiroit peu-à-peu, au bout de deux ou trois jours, dans le même ordre qu'elle avoit observé en poussant. D'autres, en très petit nombre (je n'en ai vu que cinq), éprouvoient tous des accidens plus graves avant l'éruption, & poussoient le vrai pourpre ou milliaire blanc. 13. Quand ces ébullitions avoient poussé, ils se trouvoient ordinairement mieux. La derniere duroit quatre, cinq, ou six jours, & se terminoit souvent par des sueurs. Ceux qui ne les ont pas eues, & c'est le cas de plusieurs adultes, n'ont pu se guerir que par des sueurs abondantes sur la fin: car au commencement elles étoient inutiles, & même nuisibles. 14. J'ai vu quelques personnes, chez lesquelles le mal de gorge s'est dissipé entierement, sans qu'il eût rien poussé, & sans suer; mais qui restoient dans une inquiétude & dans une angoisse très fortes, avec un pouls vite & petit. Je leur ordonnois une boisson sudorifique: alors l'éruption, ou les sueurs venant, elles se trouvoient bien. 15. Soit qu'elles aient eu l'ébullition ou qu'ils ne l'aient pas eue, tous ont perdu la premiere peau par grandes écailles, dans tout le corps; tant ce venin, qui devoit s'évacuer par la peau, avoit d'âcreté. 16. Un grand nombre éprouvoient un changement singulier dans la voix, différent de celui des maux de gorge ordinaires; l'intérieur des narines étoit extrêmement sec. L'on a eu plus de peine à se remettre qu'après les maux de gorge ordinaires; & si l'on se négligeoit dans la convalescence, surtout si l'on s'exposoit trop tôt au froid, il survenoit une rechûte, ou différens accidens, tels que de l'oppression, un gonflement de ventre, différentes enflures, de la langueur, du dégout, des écoulemens derriere les oreilles, de la toux, de l'enroueüre. 17. J'ai été appellé pour des enfans, & même quelques jeunes gens, qui, au bout de quelques semaines étoient tombés dans une enflure générale de tout le corps, avec une forte oppression, & une diminution considérable dans les urines, qui étoient rouges & troubles; ils étoient aussi dans un état singulier d'indifférence pour tout. Je les ai tous gueris avec des vesicatoires, & la poudre [No. 24]. Ce remede commençoit par les faire vomir; il survenoit ensuite des urines, & surtout des sueurs abondantes, qui les guerissoient. Deux seuls, d'un mauvais temperamment, & un peu rachitiques ou noués, après avoir été rétablis pendant quelques jours, sont retombés, & ont péri.

§. 113. Chez les adultes, j'ai employé la saignée, & les rafraichissans, tant qu'il y avoit inflammation; ensuite il falloit évacuer les premieres voies, & après cela faire suer doucement. Les poudres [No. 24] ont souvent produit, avec grand succès, l'un & l'autre effet. Dans d'autres cas, j'ai employé l'ipécacuana [No. 34]. Dans quelques sujets, il n'y avoit pas de symptomes inflammatoires, & le mal dépendoit uniquement d'embarras putrides dans les premieres voies; quelques malades même rendoient des vers: alors je n'ai point fait de saignées; mais le remede vomitif produisoit, dans le commencement, un excellent effet, & tous les symptomes diminuoient sensiblement; la sueur survenoit naturellement, & le malade guerissoit au bout de quelques jours. Il y a eu quelques endroits, dans lesquels il n'y avoit aucun caractere d'inflammation, & où il ne falloit aucune saignée; celles qu'on faisoit réussissoient mal. Je n'ai point fait saigner d'enfans. Les vesicatoires, après l'évacuation des premieres voies, & beaucoup de délayans, étoient leurs remedes. Une simple infusion de sureau & de tilleul a fait beaucoup de bien à ceux qui en ont bû abondamment. Je sais qu'il est mort, dans quelques villages, un grand nombre de malades, avec une enflure de col prodigieuse. Il en est aussi mort quelques uns en ville; entr'autres une fille de vingt ans, qui n'avoit pris que des sudorifiques chauds, & du vin rouge, & qui mourut dès le quatrieme jour, avec des suffocations violentes, & perdant beaucoup de sang par le nez. Du grand nombre que j'ai vû, il n'en est mort que deux. L'un étoit une petite fille de dix mois; elle avoit eu l'ébullition qui rentra tout-à-coup. Ce fut alors qu'on m'appella. Il s'étoit fait un dépôt sur la poitrine; rien ne put la sauver. L'autre étoit un garçon robuste, de dix-sept à dix-huit ans, chez lequel la maladie s'annonça d'abord assez violemment. Elle se calma cependant; & la fievre étant presque entierement finie, les sueurs qui commençoient à venir, l'auroient gueri; mais il ne voulut jamais les soutenir, & se mettoit à chaque instant nud. Il se fit tout-à-coup un dépôt sur le poulmon, qui l'emporta trente heures après. Je n'ai jamais vu mourir avec une peau aussi seche. Le vomitif chez lui n'avoit fait que peu d'effet, & avoit procuré une diarrhée. Sa mauvaise façon de se conduire paroit avoir été la cause de sa mort. C'est un exemple.

§. 114. Je me suis étendu sur cette maladie, parcequ'il pourroit arriver qu'elle se répandît dans d'autres endroits[12]; & il est utile qu'on soit prévenu de ses caracteres, & du traitement, qui a autant de rapport avec celui des fievres putrides, dont je parlerai plus bas, qu'avec celui des maladies inflammatoires, dont j'ai parlé. Dans quelques personnes, le mal de gorge a été un symptome de fievre putride, plutôt que la maladie principale.

[12] Cette description convient à la maladie connue en France & en Angleterre, où elle a été épidémique, sous le nom de mal de gorge malin, ulceré ou gangreneux: Huxham qui l'a si bien décrite, la regarde comme une fievre maligne & pestilentielle.

§. 115. Les maux de gorge sont, pour bien des personnes, une maladie habituelle, qui revient toutes les années, & même plus souvent. On les prévient par les mêmes moyens que j'ai indiqués [§. 95], pour prévenir les pleurésies habituelles[13].

[13] Et en garantissant du froid le cou & la tête pendant le jour & surtout la nuit.

CHAPITRE VII.
Des Rhumes.

§. 116. Il regne plusieurs préjugés sur les rhumes, qui tous peuvent avoir des conséquences facheuses. Le premier c'est qu'un rhume n'est jamais dangereux. Cette erreur coûte tous les jours la vie à plusieurs personnes. Je m'en suis déja plaint il y a sept ans; & j'ai vu dès-lors une foule de nouveaux exemples, qui n'ont que trop justifié mes plaintes. L'on ne meurt effectivement pas d'un rhume, tant qu'il n'est que rhume; mais quand on le néglige, il jette dans des maladies de poitrine, qui tuent. Les rhumes emportent plus de gens que la peste, répondit un très habile Medecin, qui avoit beaucoup vu, à un de ses amis qui lui disoit, je me porte bien, je n'ai qu'un rhume. Un second préjugé, c'est que les rhumes ne veulent point de remedes, & que plus on en fait, plus ils durent. Cela peut être vrai, vu la mauvaise façon dont on les traite; mais c'est un principe faux en soi. Les rhumes ont leurs remedes tout comme les autres maux, & se guerissent avec plus ou moins de facilité, suivant qu'ils sont mieux ou moins bien conduits.

§. 117. Une troisieme erreur; c'est que, non-seulement on ne les regarde pas comme dangereux, mais on les croit même salutaires. Il vaut mieux, sans doute, avoir un rhume, qu'une maladie plus facheuse; mais il vaudroit beaucoup mieux n'en avoir aucune. Tout ce qu'on peut raisonnablement dire; c'est que quand une transpiration arrêtée devient cause de maladie, il est heureux qu'elle produise un rhume, plutôt que quelque maladie très grave, comme il arrive souvent; mais il seroit à préférer, que ni la cause, ni l'effet, n'eussent existé. Un rhume prouve toujours un dérangement dans les fonctions de notre corps, une cause de maladie; il est une maladie réelle, qui, quand elle est violente, porte une atteinte sensible à toute la machine. Les rhumes affoiblissent considérablement la poitrine; & la santé en est tôt ou tard altérée. Les personnes souvent enrhumées, ne sont jamais robustes, & tombent souvent dans la langueur. Et la facilité à s'enrhumer est une preuve de la facilité avec laquelle la transpiration se dérange, & le poulmon s'engorge, ce qui est toujours dangereux.

§. 118. L'on conviendra de la fausseté de ces préjugés, en examinant la nature des rhumes, qui ne sont autre chose que les maladies que je viens de décrire, mais dans un degré fort leger.