Il suffit, dans cette espece, de prendre un bain de jambes, & un lavement par jour. On prend l'un le matin, & l'autre le soir. Outre les remedes généraux de l'inflammation, on en applique de particuliers sur le mal, dans l'une & l'autre espece. Les meilleurs sont, 1. des cataplasmes émolliens [No. 9]. sur tout le col. L'on vante beaucoup le cataplasme de nid d'hirondelles. Je ne le blâme pas; mais il est certainement moins efficace que tous ceux que j'indique. 2. Des gargarismes [No. 19]. L'on peut en faire plusieurs, qui ont à-peu-près les mêmes propriétés, & la même efficace. Ceux que j'indique, sont ceux qui m'ont le mieux réussi; & ils sont très simples. 3. La vapeur de l'eau chaude, comme dans le [§. 52]; l'on doit réiterer la vapeur, cinq ou six fois jour; avoir toujours un cataplasme, & se gargariser très souvent.

Il y a des personnes, sans parler des enfans, qui ne savent pas se gargariser; la douleur rend même la chose difficile. Alors, au lieu de gargarismes, on peut injecter la même liqueur [No. 19], avec une petite seringue. L'injection va bien plus avant que le gargarisme, & elle fait souvent cracher une quantité considérable de matieres glaireuses, épaissies au fond de la gorge; ce qui soulage sensiblement le malade. Il faut les réitérer souvent. L'on peut commodément employer à cet usage, une de ces petites seringues de sureau, que tous les enfans de village savent faire.

§. 105. Quand le mal peut se guerir sans suppuration, la fievre, le mal de tête, la chaleur dans la gorge, la douleur en avalant, commencent à diminuer dès le quatrieme jour; quelquefois déja le troisieme, souvent seulement le cinquieme, & cette diminution augmente à grands pas; & au bout de deux, trois ou quatre jours, le malade est très bien. Il y en a cependant quelques-uns, qui conservent une très legere douleur, seulement d'un côté, pendant quatre ou cinq jours, mais sans fievre, & sans mal-aise.

§. 106. Quelquefois la fievre, & ses accidens diminuent après la saignée & les autres remedes, sans qu'il survienne d'amandement dans la gorge, ni de signes de suppuration. Dans ces cas, il faut insister principalement sur les gargarismes & les vapeurs [§. 104]; & si l'on peut avoir un Chirurgien un peu adroit, il faut qu'il fasse une scarification sur les amigdales malades. Il en sort une certaine quantité de sang, & ce remede soulage très promptement presque tous ceux qui l'emploient.

§. 107. Si l'inflammation ne se résout pas, mais qu'il se forme un abcès, ce qui arrive presque toujours si l'on a négligé les commencemens du mal; alors les accidens de la fievre continuent, quoiqu'un peu moins fortement après le quatrieme jour; la gorge reste rouge, mais cependant d'un rouge un peu moins vif; l'on conserve une douleur, mais plus sourde & accompagnée quelquefois de pulsations; d'autres fois il n'y en a point, ce dont il est bon d'être averti; le pouls devient ordinairement un peu plus mol, & le cinquieme ou le sixieme jour, quelquefois plutôt, l'abcès est prêt à s'ouvrir. On le connoît par une petite tumeur blanche & molle, quand on ouvre la bouche, qui paroit ordinairement au centre de l'inflammation. L'abcès se creve de lui-même, ou s'il ne s'ouvre pas, il faut l'ouvrir; ce qu'on fait en assujettissant fortement une lancette au bout d'un petit bâton, & l'enveloppant toute, excepté la pointe de la longueur d'un quart ou d'un tiers de pouce, avec un linge doux. L'on perce l'abcès avec la pointe de cette lancette. Au moment où l'abcès s'ouvre, la bouche est inondée d'un pus d'un gout & d'une odeur insoutenables. Il faut se gargariser avec le gargarisme détersif [No. 19]. L'on est quelquefois surpris de la quantité de pus qui sort de l'abcès. Il ne s'en forme ordinairement qu'un: j'en ai cependant vu quelquefois deux.

§. 108. Il arrive, & ce cas n'est même pas rare, que le pus ne s'amasse pas précisément dans l'endroit où paroissoit la forte inflammation, mais dans quelque partie plus cachée; de façon que la facilité d'avaler revient presqu'entierement, la fievre diminue, le malade dort. L'on se persuade que l'on est gueri, & qu'il ne reste que les incommodités de la convalescence. Quand on n'est pas Medecin ou Chirurgien, il est aisé de s'y tromper. Voici les signes qui peuvent faire juger qu'il y a un abcès. Une inquiétude, & un mal-aise général, une douleur dans toute la bouche, quelques frissons de tems en tems, souvent des chaleurs vives & passageres, un pouls assez mou sans être naturel, un sentiment d'épaisseur & de pesanteur dans la langue, de petits boutons blancs sur les gencives, sur l'intérieur des joues, sur l'intérieur & l'extérieur des levres, un gout & une odeur désagréables.

§. 109. Dans ces cas, il faut tenir souvent dans la bouche du lait, ou de l'eau, tiedes; recevoir la vapeur d'eau chaude, mettre autour du col des émolliens; tous ces secours disposent l'abcès à s'ouvrir. Il faut aussi chercher avec le doigt l'endroit où il est; & alors le Chirurgien peut aisément l'ouvrir. Il m'est arrivé une fois qu'il s'en perça un sous mon doigt, sans que je fisse aucun effort pour cela. On peut injecter de l'eau tiede par la bouche, ou par les narines, un peu fortement; cela occasionne quelquefois une espece de toux, ou des efforts qui le font ouvrir. J'en ai vu s'ouvrir en riant. L'on ne doit au reste point être inquiet de l'évenement. Je ne sache point d'exemple, qu'on soit mort d'une esquinancie, dès que la suppuration est formée, ni peut-être même, dès qu'elle a commencé à se former.

§. 110. Les glaires, dont la gorge est remplie, & l'inflammation même de cette partie, qui, en irritant, produit le même effet que quand on porte le doigt, ou quelqu'autre corps, au fond de la gorge, font que le malade se plaint d'envies continuelles de vomir. Il faut être sur ses gardes, & ne pas croire que ce mal de cœur vienne d'embarras d'estomac, & exige un émétique. Ce seroit une grande faute, souvent, que d'en donner un; il peut, quand l'inflammation est forte, la rendre mortelle; ou l'on est obligé de faire une saignée pendant qu'il agit, pour diminuer sa violence; & cette imprudence laisse souvent le malade, lors même qu'il guerit, dans un état de langueur pendant long-tems. Il y a cependant quelques maux de gorge avec fievre, dans lesquels on peut faire vomir; mais c'est quand il n'y a point d'inflammation, ou quand on l'a dissipée, & qu'il reste des matieres putrides dans les premieres voies. J'en parlerai.

§. 111. L'on voit souvent, dans ce pays, une maladie différente des maux de gorge dont je viens de parler, mais qui, comme eux, fait qu'on avalle difficilement. On l'appelle en françois les oreillons, & assez généralement, les ourles. C'est un engorgement des glandes qui servent à former la salive, & surtout des deux grosses, qui sont entre l'oreille & la machoire, qu'on appelle parotides, & des deux qui sont dessous la machoire, qu'on appelle maxillaires: elles se gonflent considérablement, & empêchent non-seulement d'avaler, mais même d'ouvrir la bouche; parceque les mouvemens sont très douloureux. Les enfans y sont beaucoup plus exposés que les grandes personnes. Comme ordinairement il n'y a pas de fievre, il ne faut point de remede. Il suffit de tenir les parties malades à l'abri du grand air, & d'y appliquer, si l'on veut, quelque cataplasme; de diminuer beaucoup la quantité de ses alimens, de se priver de viande & de vin, & de faire un usage abondant de quelque liqueur chaude, qui délaie les humeurs & rétablisse la transpiration. Je me gueris de ce mal, il y a sept ans, en ne buvant, pendant quatre jours, que du thé de melisse, auquel je joignis un quart de lait, & très peu de pain. Le même regime m'a gueri souvent de legers maux de gorge.

§. 112. Il y a eu ici, ce printems, une quantité étonnante de maux de gorge, de deux especes. Les uns, dont je ne dirai rien, étoient des maux de gorge ordinaires, tels que je les ai décrits. Sans avoir rien de particulier, ils ont été fréquens parmi les adultes, & ont très bien gueri par la méthode que j'ai proposée. Les autres, dont je dirai quelque chose, parceque je sais qu'ils ont regné dans quelques villages, & qu'ils y ont fait du ravage, attaquoient aussi les adultes, mais surtout les enfans, depuis l'âge d'un an, même au dessous, jusques à douze ou treize.