La fievre, dans cette espece, est quelquefois très forte, & le frisson dure souvent plusieurs heures; il est suivi d'une chaleur considérable, & d'un violent mal de tête, accompagné quelquefois d'assoupissement. Il y a ordinairement assez de fievre le soir; mais quelquefois très peu, & même point le matin.
Un leger commencement de mal de gorge précede souvent le frisson; mais plus ordinairement, il ne se manifeste qu'après, en même tems que la chaleur.
Le col est quelquefois un peu enflé, & plusieurs malades se plaignent d'une douleur assez vive dans l'oreille, du côté le plus malade. J'ai rarement vu qu'on en eût dans les deux.
§. 101. Ou l'inflammation se dissipe peu à peu, ou il se forme un abcès dans la partie qui étoit la plus attaquée. Il n'est jamais arrivé, au moins je l'ignore, que cette espece bien conduite se terminât par la gangrene, ou par le durcissement; mais j'ai été témoin, que l'un & l'autre arrivent, quand on veut forcer les sueurs dans le commencement par des remedes chauds.
Il est aussi très rare qu'il se fasse ces transports facheux sur le poulmon, comme dans l'espece des [§. 98], [99]. Il est vrai qu'il n'arrive pas fréquemment non plus que le mal se jette au-dehors, comme dans la même espece.
§. 102. Le traitement de l'esquinancie est, aussi bien que celui de toutes les autres maladies inflammatoires, le même que celui de l'inflammation de poitrine.
L'on met d'abord au regime [§. 29]; & dans l'espece ([§. 98]) il faut faire quatre ou cinq saignées dans peu d'heures, & quelquefois on est obligé d'y revenir. Quand elle est au degré le plus considérable, tous les remedes sont le plus souvent inutiles; mais il faut les tenter. L'on doit donner autant qu'il est possible, des boissons [No. 2] & [4]. Mais comme souvent la quantité qu'ils en peuvent avaler, est très petite, il faut donner des lavemens [No. 5], de trois en trois heures, & mettre trois fois par jour, pendant une demi heure, les jambes dans l'eau tiede.
§. 103. Les ventouses scarifiées, appliquées autour du col, après deux ou trois saignées, sont souvent extrêmement utiles. Dans des cas presque désespérés, quand le col est extrêmement gonflé, une ou deux incisions profondes, faites avec un rasoir, sur cette enflure extérieure, ont sauvé le malade.
§. 104. Dans l'espece ([§. 100]) il faut très souvent en venir à la saignée; & il ne faut jamais l'omettre quand on trouve le pouls dur & plein. Il est très important de la faire d'abord; c'est le seul moyen de prévenir l'abcès, qui se forme avec une grande facilité, si l'on la différe seulement de quelques heures. Quelquefois il faut la réiterer. Il est rarement nécessaire d'en faire trois.
Souvent le mal est assez leger pour pouvoir guérir sans saignées, moyennant beaucoup de menagement; mais ceux qui ne sont ni maîtres de leurs tems, ni en situation d'être soignés, doivent, sans hésiter, faire d'abord une saignée, qui emporte souvent le mal; surtout, si après l'avoir faite, le malade boit beaucoup d'infusion [No. 2].