«Lors donc que l'on connoîtra qu'il se forme un abcès, (voyez [§. 63]) on rongera, par un caustique leger, l'endroit qu'on aura marqué, & dès qu'il sera ouvert, on aura soin d'y entretenir la suppuration. On peut alors avoir un espoir fondé, que l'amas du pus prendra son cours par cet endroit où il trouvera moins de resistance, & qu'il sortira; car l'amas de matiere s'arrête souvent entre la pleure, & les parties qui y sont adhérentes.»
Il n'y a à dire, de l'endurcissement ou squirrhe & de l'adhérence, que ce que j'en ai dit [§. 81], [82].
§. 95. L'on remarque que quelques personnes, qui ont eu une attaque de cette maladie, ont souvent des rechûtes, surtout les ivrognes. J'en ai vu un qui les comptoit par douzaines. Quelques saignées, de tems en tems, pourroient prévenir ces retours fréquens, qui, joints à l'ivrognerie, les rendent languissans & stupides à la fleur de l'âge. Ils tombent dans une espece d'asthme, & de-là dans l'hydropisie; triste fin, digne de leur vie. Ceux qui peuvent s'astreindre à quelques soins, peuvent aussi les prévenir sans saignées, par un regime raffraichissant, en se privant de tems en tems de viande & de vin; en buvant du petit lait, ou d'une des boissons [No. 1], [2], [4], & en prenant quelques bains de pied tiedes, surtout dans les saisons dans lesquelles ces maux ont accoutumé de revenir.
§. 96. Il y a des remedes très usités dans cette maladie parmi le paysan, & vantés par quelques Medecins; le sang de bouquetin, & la suie dans un œuf[11]. Je ne nie point, que bien des gens n'aient été gueris après l'usage de ces remedes; mais il n'en est pas moins vrai, qu'ils sont dangereux; ainsi il est prudent de ne jamais les employer, puisqu'il y a beaucoup de probabilité qu'ils feront un peu de mal, & une certitude qu'ils ne peuvent point faire de bien. On doit penser de même du genipi, ou absinthe des Alpes, qui s'est aussi acquis beaucoup de réputation. Il est aisé d'en déterminer l'usage. Le genipi, est puissamment amer; il échauffe & fait suer. L'on ne doit donc jamais l'employer dans une pleurésie, tant que les vaisseaux sont pleins, le pouls dur, la fievre forte, le sang enflammé. Dans tous ces cas il augmenteroit le mal; mais sur la fin de la maladie, quand les vaisseaux sont désemplis, le sang délayé, la fievre diminuée, alors on peut s'en servir, en se souvenant toujours qu'il est chaud, & qu'il faut l'employer sobrement.
[11] Les fientes ou excrémens de cheval, de mulet, de poule, de coq. Le poivre & les autres épices & aromates dans de l'eau ou du vin.
CHAPITRE VI.
Des maux de gorge, ou Esquinancies.
§. 97. La gorge est sujette à plusieurs maladies. L'une des plus fréquentes & des plus dangereuses, c'est l'inflammation, qu'on appelle ordinairement Esquinancie; qui est la même maladie, que l'inflammation de poitrine; mais dans une partie différente; ce qui fait que les symptomes sont fort différens. Ils varient même suivant les différentes parties de la gorge qui sont enflammées.
§. 98. Les symptomes généraux de l'inflammation à la gorge sont, le frisson, la chaleur, la fievre, le mal de tête, les urines rouges, la difficulté, & quelquefois l'impossibilité d'avaler quoi que ce soit. Mais si les parties les plus voisines de la glotte, c'est-à-dire, de l'entrée du canal de la respiration, sont attaquées, il est très difficile de respirer. Le malade sent de l'angoisse, des suffocations; le mal gagne quelquefois la glotte, la trachée-artere, le poulmon, & la maladie est promptement mortelle. L'inflammation des autres parties est moins dangereuse, & elle l'est d'autant moins, que le mal est plus extérieur. Quand l'inflammation est générale, & qu'elle occupe toutes ces parties, & de plus, les amigdales, la luette, la base de la langue; c'est une des maladies les plus dangereuses, & les plus horribles. Le visage est enflé & enflammé; tout l'intérieur de la gorge l'est également; le malade n'avale quoi que ce soit; il respire avec une peine & une angoisse, qui, jointes à l'engorgement du cerveau, le jettent dans une espece de délire furieux; la langue enfle & sort de la bouche; les narines sont dilatées pour respirer; tout le col, jusques au-dessus de la poitrine, est d'un gonflement prodigieux; le pouls est fréquent & très foible, & souvent intermittent; le malade n'a point de forces, & meurt ordinairement le second ou le troisieme jour.
§. 99. Quelquefois le mal quitte les parties intérieures, & se jette à l'extérieur; la peau du col & de la poitrine rougit & devient douloureuse, & le malade se sent mieux. D'autres fois le mal quitte la gorge, mais c'est pour se porter au cerveau, ou sur le poulmon. L'un & l'autre de ces deux derniers cas sont mortels, quand on n'a pas sur-le-champ de très bons secours, qui sont même très souvent inutiles.
§. 100. L'espece la plus fréquente est celle qui attaque les amigdales & la luette. Le mal commence ordinairement par une des amigdales, qui devient grosse, rouge, douloureuse, & ne permet d'avaler qu'avec une très grande peine. Quelquefois le mal se borne à un seul côté; mais plus ordinairement il passe à la luette, & de là, à l'autre amigdale. Si le mal n'est pas grave, la premiere est ordinairement mieux, quand la seconde est attaquée. Lorsqu'elles le sont toutes deux ensemble, la douleur & le malaise sont très considérables, le malade ne peut avaler qu'avec la plus grande peine; & la sensibilité est si grande, que j'ai vu des femmes avoir des convulsions. L'on est même quelquefois plusieurs heures sans pouvoir rien prendre; tout le dessus de la bouche, le fonds du palais, un peu de la base de la langue sont legerement rouges. Plusieurs malades avalent le liquide plus difficilement que le solide, parceque le liquide a besoin de plus d'action de la part des muscles pour être dirigé. La salive est encore plus pénible que les autres liquides; parcequ'elle est un peu visqueuse, & coule moins aisément. Cette difficulté à l'avaler, jointe à la quantité qu'il s'en forme, produit ce crachement presque continuel, qui incommode beaucoup quelques malades; d'autant plus que l'intérieur des joues, les côtés & le bout de la langue, & les levres s'écorchent souvent. Cela les empêche aussi de dormir; mais ce n'est pas un mal; le sommeil est peu utile dans les maladies fievreuses. J'ai vu souvent que ceux qui avoient cru leur gorge presqu'entierement guerie le soir, y avoient très mal après quelques heures de sommeil.