Le point disparoît quelquefois, & le malade se plaint moins; mais en même-tems son visage change & devient pâle & triste, ses yeux se troublent, le pouls s'affoiblit, c'est un transport de l'humeur au cerveau; ce cas est presque toujours mortel. Il n'y a point de maladie dans laquelle les symptômes critiques soient plus violens & plus marqués que dans celle-ci: il est bon d'en être averti pour ne pas trop s'effrayer. La guérison survient souvent au moment où l'on attendoit la mort.
§. 89. Cette maladie est une des plus fréquentes & des plus meurtrieres, tant par elle-même, que dans nos campagnes par le mauvais traitement. Le préjugé qui veut que toutes les maladies se guérissent par les sueurs, regle tout le traitement de la pleurésie; & dès qu'un malade a un point, sur-le-champ on met en œuvre tous les remedes chauds. Cette funeste erreur tue plus de gens que la poudre à canon, & elle est d'autant plus fâcheuse, que la maladie est plus violente. Dans celle-ci il n'y a pas un moment à perdre, tout dépend des premieres heures.
§. 90. Le traitement est précisément le même, à tous égards, que dans la péripneumonie, parceque, je le répete, c'est la même maladie; ainsi les saignées, les boissons émollientes & délayantes, les vapeurs, les lavemens, la potion [No. 8], les cataplasmes émolliens & les autres topiques [No. 9], sont les vrais remedes; peut-être ces derniers sont-ils encore plus efficaces dans ce cas, & l'on doit en appliquer continuellement sur l'endroit où le point se fait sentir.
La premiere saignée, surtout si elle est considérable, diminue presque toujours le point, & souvent le dissipe entierement; mais il revient ordinairement au bout de quelques heures, ou dans le même endroit, ou quelquefois ailleurs, ce qui est assez favorable, surtout si la douleur qui se faisoit d'abord sentir sous la mammelle, se jette aux épaules, au dos, à l'omoplate, à la nuque.
Quand la douleur ne diminue point, ou peu; ou, si après avoir diminué, elle revient aussi violente que la premiere, surtout si elle revient dans le même endroit, & si la violence des autres symptômes dure, il faut réitérer la saignée; mais si la diminution du point subsiste, s'il ne revient que foiblement, de tems en tems, ou dans les parties dont je viens de parler; si la fréquence ou la dureté du pouls & tous les autres symptômes ont diminué, on peut quelquefois s'en passer. Il est cependant plus prudent, dans un sujet fort & robuste, de la faire; elle ne peut point faire de mal, & on court de grands risques en l'omettant. Dans les cas graves, on la réitere fréquemment, à moins qu'on ne trouve quelque obstacle dans la constitution du malade, ou dans son âge, ou dans quelques autres circonstances. Si dès le commencement, le pouls n'est que peu fréquent & peu dur, s'il n'est pas extrêmement fort, si le mal de tête & le point sont supportables, si la toux n'est pas trop violente, & si le malade crache, on peut se passer de la saignée. L'usage des autres remedes est précisément le même que dans le chapitre précédent, qu'il faut consulter depuis [§. 50] jusqu'au [§. 62].
§. 91. Quand le mal n'est pas fort grave, j'ai guéri souvent en peu de jours par une seule saignée & une grande quantité d'infusion de fleurs de sureau préparée comme du thé, à laquelle on ajoutoit du miel. C'est dans des cas de cette espece qu'on a vu réussir quelquefois le faltran, ou les vulneraires de Suisse infusés comme du thé dans de l'eau, avec du miel & même de l'huile; mais la boisson précédente que j'indique est fort à préferer. La boisson qu'on fait avec parties égales d'eau & de vin, & à laquelle on ajoute beaucoup de thériaque, du poivre, de la canelle &c. tue toutes les années plusieurs paysans.
§. 92. Dans les pleurésies seches, dans lesquelles le point, la fievre, le mal de tête sont très forts, le pouls très dur, très plein, avec une secheresse prodigieuse de la peau, & de la langue; il faut faire les saignées très près les unes des autres. Elles emportent souvent la maladie sans aucune autre évacuation.
§. 93. La pleurésie se termine, tout comme l'inflammation plus profonde, par quelque évacuation, par un abcès, par la gangrene, ou par un endurcissement; & elle laisse très fréquemment des adhérences.
La gangrene se manifeste quelquefois dès le troisieme jour, sans avoir été précédée par de grandes douleurs. Le cadavre, dans ce cas, noircit souvent beaucoup, surtout dans le voisinage du mal; & le peuple superstitieux attribue la maladie à quelque cause surnaturelle, ou en tire quelque présage facheux pour les restans. Ce cas est un effet tout naturel, tout simple, & ne peut pas être autrement. Le traitement chaud produit ordinairement ce malheur. Je l'ai vu chez un homme à la fleur de l'âge, qui avoit pris de la thériaque avec de l'eau de cerise, & du faltran au vin.
§. 94. Il se forme des vomiques, mais leur situation leur donne plus de facilité à s'ouvrir en dehors, & de là résulte plus souvent l'empyeme, [§. 79]. Pour prévenir cet accident, «il est très bien de placer, dès le commencement de la maladie, à l'endroit le plus douloureux, une petite emplâtre, qui tienne exactement, parceque si la pleurésie dégénere en abcès, l'amas du pus se fera de ce côté-là.