§. 82. Les remedes les plus propres à détruire ce mal, & dont j'ai vu quelques bons effets, sont le petit lait [No. 17], & les pilules [No. 18]. L'on prend vingt pilules, & une pinte de petit lait tous les matins pendant long-tems, & l'on respire de tems en tems la vapeur de l'eau chaude.
§. 83. Le poulmon, dans l'état naturel de parfaite santé, touche la membrane qui tapisse l'intérieur de la poitrine, mais qui ne lui est pas attachée. Il arrive souvent, après l'inflammation de poitrine, la pleurésie, & dans d'autres cas, que ces deux parties se colent l'une à l'autre, & ne se détachent jamais; mais c'est à peine un mal. On l'ignore ordinairement, parceque la santé n'en est point dérangée, & l'on ne fait jamais rien pour y remédier. J'ai vu cependant quelques cas dans lesquels cette adhérence nuisoit évidemment.
CHAPITRE V.
De la Pleurésie.
§. 84. La pleurésie, qu'on reconnoît principalement à ces quatre caracteres; une forte fiévre, de la peine à respirer, de la toux, & une vive douleur dans l'enceinte de la poitrine; la pleurésie, dis-je, n'est point une maladie différente de la péripneumonie dont je viens de parler; ainsi je n'ai presque rien à en dire de particulier.
§. 85. La cause en est, tout comme de la premiere, une inflammation du poulmon; mais une inflammation peut-être plus extérieure. La seule différence considérable dans les symptômes, c'est que la pleurésie est accompagnée d'une douleur très vive que l'on sent sur les côtes, & que l'on appelle ordinairement point. Cette douleur se fait sentir indifféremment sur toutes les parties de la poitrine, mais plus ordinairement sur les côtes sous les mammelles, & peut-être plus souvent du côté droit. La douleur redouble quand on tousse & quand on inspire, c'est-à-dire, quand on tire l'air; & la crainte de l'augmenter, fait que quelques malades s'empêchant machinalement, autant qu'ils le peuvent, de tousser & de respirer, empirent leur état en arrêtant le sang dans le poulmon, qui bien-tôt en est rempli; l'inflammation devient générale, le sang se porte à la tête, le visage devient livide, le malade suffoque & tombe dans l'état décrit [§. 46].
Quelquefois la douleur est si violente, que si la toux est forte en même-tems, & que les malades ne puissent pas l'arrêter, ils ont des convulsions. Je l'ai vu plusieurs fois; mais presque toujours chez des femmes qui sont d'ailleurs beaucoup moins sujettes que les hommes à cette maladie & à tous les maux inflammatoires. Je dois avertir ici que si elles en sont attaquées dans le tems de leurs regles, cela ne doit ni empêcher les saignées réitérées, ni rien changer du tout au traitement. L'on voit par-là que la pleurésie n'est qu'une inflammation de poitrine, accompagnée d'une vive douleur.
§. 86. Je sais que quelquefois l'inflammation du poulmon se communique à cette membrane qui tapisse intérieurement la poitrine, & qu'on appelle la pleure, & de-là aux muscles ou chairs qui sont sur les côtes; mais cela n'est pas ordinaire.
§. 87. Le printems est la saison qui produit le plus de pleurésies[10]. Le mal commence par un frisson ordinairement très fort, suivi de chaleur, de toux, d'oppression, quelquefois d'un sentiment de resserrement dans toute la poitrine, de mal de tête, de rougeur de joues, d'envies de vomir. Le point ne se fait pas toujours sentir d'abord; souvent ce n'est qu'après plusieurs heures, quelquefois le second & même le troisieme jour. Le malade sent quelquefois deux points; mais il est rare qu'ils soient également forts, & le plus leger disparoit bien-tôt: d'autrefois le point change de place; ce qui est un bien si le premier se dissipe parfaitement, un mal s'ils subsistent tous deux. Le pouls est ordinairement très dur dans cette maladie; mais dans le cas fâcheux du [§. 85], il devient mol & petit. Il vient souvent des crachats tels que dans l'inflammation de poitrine, dès les commencemens, d'autrefois il n'en vient point du tout: c'est ce qu'on appelle pleurésie séche, qui n'est pas rare. Quelquefois le malade tousse peu ou point: il se couche souvent plus aisément sur le côté malade que sur le sain. La marche de la maladie est la même que dans la maladie précédente. Comment seroit-elle différente, & les moyens de guérison les mêmes? Il survient souvent des saignemens de nez très considérables, & qui soulagent beaucoup; mais il en survient quelquefois d'une espece de sang corrompu, quand le malade est très mal, qui annoncent la mort.
[10] Ces Pleurésies sont très communes ici lorsque les vents de Nord, d'Est, de Nord-Est regnent long-tems de suite dans l'hiver, & les vents de Sud, d'Est, de Sud-Est dans l'été.
§. 88. Cette maladie est fréquemment produite par la boisson froide, que l'on prend ayant fort chaud, & alors elle est quelquefois si violente, qu'on l'a vue tuer le malade en trois heures. Un jeune homme mourut au pied de la fontaine même où il s'étoit désaltéré. Il n'est pas rare que les pleurésies tuent en trois jours.