§. 74. Il suffit que le malade aille à la selle de deux, ou même de trois jours l'un: ainsi il ne faut pas prodiguer les lavemens, ils pourroient procurer une diarrhée qui seroit très à craindre. Quand le pus diminue, & que le malade se trouve mieux à tous égards, c'est une preuve que la plaie se nettoie & se cicatrise peu à peu. Si la suppuration continue à être abondante, si le pus paroît moins beau, si la fievre revient tous les soirs, il est à craindre que la plaie, au lieu de se cicatriser, ne dégénere en ulcere; ce qui est très fâcheux. Le malade tombe alors dans l'étisie confirmée, & meurt au bout de quelques mois.

§. 75. Je ne connois point de meilleur remede, dans ce cas, que la continuation des mêmes [§. 70]. & sur-tout le cheval. On peut, dans quelque cas, employer les parfums d'eau chaude avec les herbes vulnéraires & un peu d'huile de térébenthine [No. 15]. Je les ai vu réussir; mais le plus sûr est de consulter un Médecin, qui examine s'il n'y a point quelque complication qui met obstacle à la guérison. Si la toux empêche le malade de dormir, on peut lui donner le soir deux ou trois cuillerées à soupe du remede [No. 16], dans un verre de lait d'amande ou de ptisane d'orge.

§. 76. Les mêmes causes qui suppriment tout-à-coup les crachats dans l'inflammation de poitrine, peuvent aussi arrêter l'expectoration commencée d'une vomique; alors le malade tombe dans l'oppression, l'angoisse, la fievre, la foiblesse. Il faut remédier sur le champ à cet état par la vapeur de l'eau chaude, une cuillerée de la potion [No. 8], toutes les heures; une grande quantité de ptisane [No. 12], & de l'exercice. Dès que l'expectoration revient, la fievre & les autres accidens cessent. J'ai vu cette suppression, chez des sujets robustes, occasionner promptement une inflammation au tour de la vomique, qui m'obligeoit à faire une saignée, après laquelle le crachement revenoit d'abord.

§. 77. Il arrive souvent que la vomique se nettoie entierement; les crachats tarissent presque tout à fait, le malade est bien, il se croit guéri; bien-tôt le mal-aise, l'oppression, la toux, la fievre recommencent; il vuide une nouvelle vomique, crache pendant quelques jours, & se remet. Au bout de quelque tems la même scene reparoit, & cette alternative de bien & de mal dure souvent pendant des mois & des années: ce cas a lieu quand la vomique se nettoie peu à peu & que ses parois se rapprochent sans se cicatriser, alors il suinte insensiblement une nouvelle matiere. Pendant quelques jours, le malade n'en est point incommodé; mais dès qu'il y en a une certaine quantité, il est mal jusqu'à ce que l'évacuation soit faite. L'on voit des gens, avec ce mal, jouir en apparence d'une assez bonne santé. On peut le regarder comme une espece de cautere intérieur qui se nettoie de lui-même de tems en tems, chez les uns souvent, chez les autres rarement, & avec lequel on peut vivre assez long-tems. Quand il a duré un certain tems, il est incurable. Dans les commencemens il cede au lait, à l'exercice du cheval, & à l'usage du remede [No. 14].

§. 78. L'on sera surpris que je ne parle point, dans le traitement d'un abcès au poulmon, & de l'étisie ou phtysie qui en est la suite, des remedes qu'on appelle balsamiques, qu'on emploie si fréquemment, comme la térébenthine, le baume du Pérou, celui de la Mecque, l'encens, le mastic, la myrrhe, le storax, le baume de soufre. J'en dirai un mot, parcequ'il est autant de mon objet de détruire les préjugés favorables aux mauvais remedes, que d'accréditer les bons.

Je dis donc que si je n'ai point employé ces remedes, c'est que je suis convaincu que les effets en sont généralement fâcheux dans ces cas; que je vois tous les jours qu'ils font un mal très réel; qu'ils retardent la guérison, & que souvent ils rendent mortelle une maladie très guérissable. Ils ne se digerent point; ils obstruent les petits vaisseaux du poulmon, qu'il faudroit désobstruer; ils occasionnent évidemment, à moins que la dose ne soit extrêmement petite, de la chaleur & de l'oppression. J'ai vu plusieurs fois, aussi clairement qu'il étoit possible, que des pilules dans lesquelles entroient la myrrhe, la térébenthine & le baume du Pérou, occasionnoient, au bout d'une heure, de l'agitation dans le pouls, de la rougeur, de l'altération & de l'oppression. Enfin l'on pourroit démontrer à toute personne non prévenue, que ces remedes sont réellement nuisibles dans ce cas; & je souhaite ardemment qu'on se désabuse sur leur compte, & qu'ils perdent cette réputation qu'ils ont malheureusement usurpée. Je sais qu'un grand nombre de très habiles gens les emploient journellement dans ces maladies; mais ils les quitteront dès qu'ils se donneront la peine d'observer leurs effets, indépendamment de ceux des autres remedes auxquels ils les mêlent, & qui en corrigent le danger. J'ai vu un malade qu'un Chirurgien étranger, qui demeuroit à Orbe, avoit voulu guérir d'une étisie, en lui faisant prendre du lard fondu, qui avoit augmenté le mal. Ce conseil paroît absurde, & il l'est: cependant les balsamiques qu'on ordonne ne se digerent peut-être gueres mieux que le lard. La poudre [No. 14] tient tout ce que les balsamiques promettent; elle n'a aucun de leurs inconvéniens, & elle a toutes les qualités qu'on leur prête; mais il ne faut pas la donner dans le tems qu'il y a encore inflammation, ou qu'elle survient de nouveau, & il ne faut mêler aucun autre aliment au lait.

Ce fameux remede nommé l'antihectique, n'a point non-plus, dans ces cas, les vertus qu'on lui suppose. Je m'en sers très souvent dans quelques toux opiniâtres des enfans avec le lait, & alors il est très utile: mais j'en ai rarement vu des effets sensibles chez les grandes personnes, & dans ces cas je craindrois qu'il ne fît du mal.

§. 79. Si au lieu de créver intérieurement, la vomique creve extérieurement, le pus s'épanche dans la poitrine. L'on connoît que cela est arrivé par le sentiment du malade, qui s'apperçoit d'un mouvement singulier, accompagné assez ordinairement d'une défaillance; l'oppression & l'angoisse finissent sur le champ, la fievre diminue; la toux continue cependant ordinairement, mais moins violente & sans aucune expectoration. L'amandement ne dure pas long-tems, parceque le pus augmentant tous les jours & devenant plus âcre, le poulmon se trouve gêné, irrité, rongé; la difficulté de respirer, la fievre, la chaleur, la soif, l'insomnie, le dégoût, la maigreur reviennent avec plusieurs autres accidens qu'il est inutile de détailler ici, & sur-tout de fréquentes foiblesses. Le malade doit être au régime, qui retarde le progrès du mal aussi long-tems qu'il est possible, mais il n'y a point de remede, que d'ouvrir la poitrine entre deux côtes, pour évacuer par ce moyen ce pus, & arrêter les desordres qu'il occasionne, c'est ce qu'on appelle l'opération de l'Empyeme. Je n'en parlerai pas, parcequ'elle ne doit être faite que par d'habiles gens, & ce n'est pas pour eux que j'écris. J'avertis seulement qu'elle est moins douloureuse qu'effrayante, & que si l'on attend trop long-tems à la faire, elle devient inutile, & le malade meurt misérablement.

§. 80. L'on voit tous les jours que les inflammations extérieures se gangrennent. La même chose arrive au poulmon, quand la fievre est excessive, l'inflammation naturellement très violente, ou qu'on l'augmente par des remedes chauds. Une angoisse insoutenable, une très grande foiblesse, des défaillances fréquentes, le froid des extrémités, une eau livide & puante, qui sort au lieu de crachat, quelquefois des plaques noirâtres sur la poitrine, font connoître ce triste état. J'ai vu dans un cas de cette espece, chez un homme qui avoit été attaqué de cette maladie après une marche forcée à pied, & à qui l'on avoit donné un vin avec des aromates pour le faire suer, l'haleine si horriblement puante, que sa femme eut plusieurs foiblesses en le servant; je ne trouvai plus de pouls ni de raison, & je ne lui ordonnai rien. Il mourut une heure après, au commencement du troisieme jour.

§. 81. L'Inflammation peut aussi se durcir, & il se forme alors ce qu'on appelle un squirrhe; c'est une tumeur fort dure, qui ne fait pas de douleur. On connoît que cela arrive, quand la maladie ne se termine d'aucune des façons dont j'ai parlé; que cependant la fievre & les autres accidens se dissipent; mais que la respiration reste toujours un peu gênée; que cependant le malade conserve un sentiment incommode dans un côté de la poitrine, & qu'il a de tems en tems une toux séche qui augmente après l'exercice & après le repas. Ce mal ne se guérit que bien rarement; mais on voit des gens qui en sont atteints & qui vivent longues années, sans de grands maux. Ils doivent éviter toutes les occasions d'échauffement qui pourroient aisément procurer une nouvelle inflammation au tour de cette tumeur, & les suites en seroient très dangereuses.