§. 65. Les moyens les plus efficaces pour cela, sont 1. de faire respirer continuellement au malade la vapeur d'eau chaude. 2. Quand on a, par ce moyen, ramolli la partie du sac de l'abcès, où l'on souhaite que la rupture se fasse, on donne au malade une grande quantité de liquide, & d'un liquide fort émollient; comme ptisane d'orge, lait d'amande, bouillon gras, eau & lait. Par là on tient l'estomac toujours plein, & la résistance au poulmon étant considérable de ce côté, les matieres se portent naturellement du côté de la trachée artère, ou conduit de l'air, où il y a moins de résistance. D'ailleurs, cette plénitude de l'estomac contribue à exciter la toux; ce qui est un bien. 3. On cherche à faire tousser le malade, en lui faisant flairer du vinaigre chaud, ou en injectant, dans la gorge, au moyen d'une petite seringue, telle que les enfans en font partout avec du sureau, un peu d'eau ou de vinaigre. 4. On le fait crier, lire, rire; tous ces moyens contribuent à faire rompre l'abcès, aussi bien que le suivant. 5. On le met dans une voiture qui le secoue, mais après avoir eu le soin de lui faire prendre beaucoup des boissons que je viens d'indiquer. Les secousses décident quelquefois tout-à-coup cette rupture.
§. 66. J'ai vu, il y a quelques années, une servante de campagne, qui après une inflammation de poitrine, restoit languissante, sans qu'on soupçonnât son mal; s'étant mise sur une charrette, qui alloit chercher du foin, la roue heurta violemment contre un arbre; elle s'évanouit, & au même instant, rendit beaucoup de pus. Elle continuoit à en cracher; c'est alors que je fus instruit de son mal, & de ce qui lui étoit arrivé. Elle guerit très bien.
Un Officier de ce pays, servant en Piemont, languissoit depuis quelques mois, & venoit chez lui pour essayer de se remettre, sans l'esperer beaucoup. En entrant au pays, par la route de S. Bernard, étant obligé de faire quelques pas à pied, il fit une chute, resta évanoui pendant plus d'un quart d'heure, rendit une grande quantité de pus, & se trouva dans le moment même extrêmement soulagé. Je lui ordonnai un regime, & des remedes, il se rétablit parfaitement, & dut peut-être la vie à cet accident. 6. On fait prendre de deux en deux heures une cuillerée à soupe de la potion [No. 8].
§. 67. Plusieurs malades ont un évanouissement au moment où la vomique s'ouvre. On peut leur faire flairer un peu de vinaigre.
§. 68. Si le malade n'étoit pas trop affoibli avant la rupture de l'abcès, si le pus est blanc, bien conditionné, si la fievre diminue, si l'angoisse, l'oppression, les sueurs finissent, si la toux est moins violente, si le malade a plus d'aisance dans sa situation, s'il recouvre le sommeil, & l'appetit, si ses forces reviennent, si la quantité des crachats diminue journellement par degrés, si les urines redeviennent meilleures; l'on doit espérer, qu'en employant les secours que je vais prescrire, le malade se guerira radicalement.
§. 69. Mais, au contraire, quand les forces sont épuisées avant la rupture, que la matiere est trop claire, brune, verte, jaune, sanglante, puante; que le pouls reste vîte & foible; que l'appétit, les forces, le sommeil ne reviennent pas, l'on ne doit point espérer de guérison, & les meilleurs remedes sont inutiles: l'on doit cependant les tenter.
§. 70. Ces remedes sont: 1o. Si la matiere paroit épaisse, gluante, qu'elle ait de la peine à se détacher, il faut donner de deux en deux heures, une cuillerée à soupe de la potion [No. 8], & boire entre deux, de demi-heure en demi-heure, une tasse de la boisson [No. 13]. L'on prend de quatre heures en quatre heures, un peu de crême d'orge, ou de ris. 2o. Quand la matiere n'a pas besoin de ces remedes pour être évacuée, on ne les emploie pas, mais on continue la même nourriture qu'on mêle avec parties égales de lait, ou à laquelle, ce qui est beaucoup plus efficace, on substitue la même quantité de lait fraîchement tiré d'une bonne vache, qui dans ce cas fait la seule nourriture du malade. 3o. On lui donne quatre fois par jour, de deux en deux heures, en commençant de bon matin, une prise de la poudre [No. 14], délayée dans un peu d'eau, ou réduite en bol avec un peu de syrop ou de miel. Sa boisson ordinaire est, ou un lait d'amande, ou une ptisane d'orge, ou de l'eau avec un quart de lait. 4o. Il faut se promener tous les jours à cheval, en voiture, en charrette, suivant que les forces & les circonstances le permettent. Mais de tous ces exercices, celui du trot du cheval est sans comparaison le plus utile & le plus à la portée de tout le monde.
§. 71. Le peuple, peu instruit, ne regarde comme reméde, que ce qu'on avale. Il a peu de foi au régime & aux autres secours diététiques; il regardera l'exercice du cheval comme inutile. C'est une erreur dangereuse, dont je voudrois le désabuser. Ce secours est le plus efficace de tous; celui sans lequel on ne doit point espérer de guérir ce mal, quand il est grave; celui qui peut presque le guérir seul, moyennant qu'on ne prenne point d'alimens contraires; enfin on l'a regardé, avec raison, comme le vrai spécifique de cette maladie.
§. 72. 5o. Les influences de l'air sont plus considérables dans cette maladie que dans aucune autre; ainsi l'on doit chercher à le rendre bon dans la chambre du malade. Pour cela il faut l'airer très souvent, la parfumer de tems en tems, mais très legerement, avec un peu de vinaigre, & y mettre dans la saison le plus d'herbes, de fleurs, de fruits qu'il sera possible. Si l'on a le malheur d'être dans un air mal-sain, il y a peu d'espoir de guérir, à moins qu'on n'en change.
§. 73. Il y a des malades qui se sont guéris de ces maladies, les uns en ne prenant quoi que ce soit que du petit lait de beure, (de la battue); les autres, des melons & des concombres, ou des fruits d'été de toute espece. Mais je conseille de s'en tenir à la méthode que je viens d'indiquer, comme la plus sûre.