§. 126. Les personnes sujettes aux fréquens rhumes, celles qu'on appelle catharreuses, croient devoir se tenir fort au chaud. C'est une erreur qui acheve de ruiner leur santé. Cette disposition vient de deux causes; ou de ce que la transpiration se dérange aisément, ou quelquefois de la foiblesse d'estomac, ou de celle du poulmon, qui demandent des remedes particuliers. Quand le mal vient de ce que la transpiration se dérange aisément, plus elles se tiennent au chaud, plus elles se font suer, & plus le mal augmente. Cet air continuellement tiede, affoiblit tout le corps, & sur-tout le poulmon; les humeurs s'y jettent toujours plus. La peau sans cesse baignée par une petite sueur, se relâche, s'amollit, devient incapable de faire ses fonctions; la moindre chose arrête alors toute transpiration, & il naît une foule de maux de langueurs. Ils redoublent de précaution pour se préserver de l'air froid, & tous leurs soins sont autant de moyens efficaces pour rendre leur santé plus foible; & cela d'autant plus surement, que la crainte de l'air assujettit nécessairement à une vie sédentaire qui augmente tous leurs maux, auxquels les boissons chaudes, dont ils font usage, mettent le comble. Ils n'ont qu'un moyen de guérir; c'est de se familiariser avec l'air, de fuir les chambres chaudes, de diminuer peu à peu leurs vêtemens, de coucher au froid, de ne rien manger & de ne rien boire qui ne soit froid, les boissons même à la glace leur sont salutaires; de prendre beaucoup d'exercice; & enfin si le mal est invétéré, de faire usage pendant long-tems de la poudre [No. 14], & des bains froids. Cette méthode réussit aussi très bien pour ceux chez qui le mal dépend primitivement d'une foiblesse d'estomac ou de poulmon, & au bout d'un certain tems ces trois causes se réunissent toujours.

§. 127. L'on est plus en usage, il est vrai, à la ville qu'à la campagne, de tenir souvent à la bouche différentes tablettes, pâtes, &c. Je n'en exclus point l'usage; mais il n'y a rien d'aussi efficace que le jus de réglisse, & moyennant qu'on le prenne à dose suffisante, il procure un vrai soulagement. J'en ai pris moi-même une once & demie dans un jour, & j'en ressentis les bons effets d'une façon marquée.

CHAPITRE VIII.
Des maux de Dents.

§. 128. Les maux de dents qui sont quelquefois si longs & si violens, qu'ils occasionnent des insomnies opiniâtres, beaucoup de fievre, des rêveries, des inflammations, des abcès, des ulceres, des caries, des convulsions, des syncopes, dépendent de trois causes principales. 1o. De la carie des dents. 2o. De l'inflammation du nerf des dents, ou de la membrane qui les enveloppe; ce qui entraîne celle de la gencive. 3o. D'une humeur catharrale, froide, qui se jette sur ces parties.

§. 129. Dans le premier cas, la carie ayant mis le nerf à nud, l'air, les alimens, les boissons, l'humeur même de la carie l'irritent, & cette irritation produit des douleurs plus ou moins violentes. Quand la dent est extrêmement gâtée, il n'y a point de remede que de l'arracher, sans quoi les douleurs continuent, l'haleine devient puante, la gencive se perd, les autres dents, & souvent même la machoire se carient: d'ailleurs elle empêche l'usage des dents voisines, qui se couvrent de tartre, & périssent. Quand le mal est moins considérable, on peut quelquefois en arrêter les progrès en brûlant la dent avec un fer chaud, ou en la plombant si elle en est susceptible. L'on se sert aussi de différentes liqueurs, & même d'eau forte & d'esprit de vitriol; mais ces remedes sont extrêmement dangereux & doivent être bannis. Si l'on craint les opérations que je viens d'indiquer, on peut se servir d'essence de gérofle, dans laquelle on trempe un coton qu'on applique sur la carie; ce qui soulage souvent pour assez longtems. L'on emploie aussi une teinture d'opium appliquée de la même façon. On peut mêler ces deux remedes ensemble à doses égales. J'ai réussi plusieurs fois avec la liqueur minérale anodine d'Hoffman; elle paroît pendant quelques instans augmenter la douleur; mais le soulagement vient ordinairement après qu'on a craché quelquefois. Un gargarisme fait avec l'argentine bouillie dans de l'eau, soulage souvent les douleurs qui viennent de carie, & plusieurs personnes dans ce cas se sont bien trouvées d'en faire un usage habituel. Ce remede ne peut point nuire; il est même utile pour les gencives. D'autres se soulagent en frottant tout le visage avec du miel.

§. 130. La seconde cause, c'est l'inflammation du nerf dans l'intérieur, ou de la membrane à l'extérieur de la dent; on la connoît par le tempéramment, l'âge, le genre de vie du malade. Ceux qui sont jeunes, sanguins, qui s'échauffent beaucoup, ou par le travail, ou par les alimens & les boissons, ou par les veilles, ou par d'autres excès, ceux qui étoient accoûtumés à quelques hémorragies, ou naturelles, ou artificielles, & qui ne les ont plus, y sont très exposés. La douleur vient ordinairement promptement, & souvent après quelque cause d'échauffement. Le pouls est fort & plein, le visage assez rouge, la bouche extrêmement chaude; l'on a souvent beaucoup de fievre & un violent mal de tête, la gencive s'enflamme, se gonfle, & quelquefois il s'y forme un abcès, d'autrefois il arrive que l'humeur se jette à l'extérieur, la joue enfle & la douleur diminue. Quand la joue enfle, mais sans que la douleur diminue, c'est alors une augmentation, & non pas un changement de mal. Dans cette espece, il faut employer le traitement des maladies inflammatoires, & recourir à la saignée, qui ordinairement soulage sur-le-champ. Après la saignée, on emploie le régime rafraîchissant, les bains de pied, les lavemens; on se gargarise avec l'eau d'orge, l'eau & le lait; on applique sur la joue des cataplasmes émolliens. S'il survient un abcès, on le fait meurir en tenant presque continuellement dans la bouche du lait chaud, ou des figues cuites dans du lait; & dès qu'il paroît mûr, on le fait ouvrir, ce qui est aisé & point douloureux. Quelquefois le mal, quoiqu'il dépende de cette cause, n'est pas si violent; mais il dure fort long-tems, & revient dès qu'on s'est échauffé, dès qu'on est au lit, dès qu'on prend quelque mets échauffant, quelque liqueur, du vin, du caffé. Il faut dans ces cas faire une saignée, sans laquelle les autres remedes sont inutiles, & prendre quelques soirs de suite des bains de pied tiedes, & une prise de la poudre [No. 20]. La privation totale de vin & celle de viande, surtout le soir, ont guéri plusieurs personnes qui avoient des maux de dents très opiniâtres.

Tous les remedes chauds dans cette espece sont pernicieux, & souvent l'opium, la thériaque, les pilules de styrax, bien loin de produire l'effet qu'on en attend, ont empiré les douleurs.

§. 131. Quand le mal dépend d'une transpiration arrêtée, qui se jette sur les mêmes parties, le mal est ordinairement, quoiqu'aussi douloureux, accompagné de symptômes moins violens. Le pouls n'est ni fort, ni plein, ni fréquent, la bouche est moins chaude, l'on enfle moins. Dans ces cas il faut purger avec la poudre [No. 21]; ce qui guérit quelquefois radicalement des maux très invétérés. Ensuite on peut faire usage de la ptisane des bois [No. 71]; elle a guéri des maux de dents qui avoient résisté à d'autres cures pendant plusieurs années; mais elle seroit pernicieuse dans l'autre espece. Les vesicatoires à la nuque ou ailleurs, il n'importe trop où, ont fait souvent un très bon effet, en détournant l'humeur & en rétablissant la transpiration. Enfin l'on peut employer avec le plus grand succès dans cette espece, surtout après la purgation, les pilules de styrax, l'opium, la thériaque. Les remedes âcres, comme le tabac ficelé ou en corde, la racine de piretre en faisant saliver, évacuent une partie de l'humeur qui cause la maladie & diminuent la douleur. La fumée de tabac guérit aussi quelquefois dans cette espece, soit en faisant cracher, soit parcequ'elle a quelque chose d'anodin qui participe des vertus de l'opium.

§. 132. Comme cette cause est souvent l'effet d'une foiblesse d'estomac, il arrive tous les jours qu'on voit des personnes dont le mal augmente à mesure qu'elles prennent des rafraîchissans. L'augmentation du mal fait qu'elles doublent la dose du remede, & les douleurs croissent à proportion. Il faut nécessairement quitter cette méthode, & employer les remedes stomachiques & propres à rétablir la transpiration. La poudre [No. 14] a produit souvent d'excellens effets, quand je l'ai ordonnée dans ces cas, & elle ne manque jamais d'emporter très promptement les maux de dents, qui reviennent périodiquement à certains jours & à certaines heures. J'ai guéri quelques personnes en leur conseillant l'usage du vin, dont elles ne buvoient point.

§. 133. Outre les maux de dents qui dépendent des trois causes principales que j'ai indiquées, & qui sont les plus fréquens: il y en a de très longs & de très cruels, qui sont occasionnés par une acreté générale de la masse du sang, & qui ne se guérissent que par les remedes propres à corriger cette âcreté. Quand elle est de nature scorbutique, le raifort sauvage, (la poivrée), le cresson, le beccabunga, (la fava), l'oseille, l'alleluya la détruisent. Si elle est d'une nature différente, elle demande d'autres remedes; mais le plan de cet ouvrage ne permet point d'entrer dans ces détails. Comme le mal est long, il donne le tems d'aller consulter.