§. 209. Il arrive souvent que l'éloignement des secours les fait négliger, & il se forme une véritable suppuration dans le poulmon, avec une fievre lente. J'ai vu plusieurs enfans dans des villages, périr de cette façon. Alors cet état est de la même nature que celui décrit §. 63 & 77, & finit de même, souvent par une diarrhée très peu douloureuse, & quelquefois puante, qui emmene la malade. Dans ces cas il faut employer tous les secours prescrits [§. 70], art. 2, 3, 4, la poudre [No. 14], le lait & l'exercice. Mais il est si difficile de faire prendre la poudre aux enfans, qu'il faut quelquefois se borner au lait, & j'ai vu souvent que dans ces cas il opéroit seul des guérisons très difficiles. J'avertis que jamais il n'opere aussi efficacement que quand on le prend seul sans aucun autre aliment, & qu'il est très important de ne lui en associer aucun qui ait le plus petit dégré d'aigreur. Les personnes aisées peuvent prendre en même-tems avec succès pour leur boisson, les eaux de Passy, de Forges, de Selter, ou quelques autres très legeres, & qui n'ont que très peu de minéral. On les emploie également avec succès dans tous les cas dans lesquels la cure dont je parle est nécessaire.
§. 210. Quelquefois il reste une toux fort séche, avec beaucoup de chaleur dans la poitrine & dans tout le corps, de l'altération, la langue séche & la peau aussi extrêmement séche. J'ai guéri cet état, en faisant respirer la vapeur d'eau chaude, en faisant prendre des bains tiedes, & en ne donnant, pendant plusieurs jours, que de l'eau & du lait.
Je réitére, avant que de finir, que le venin de la rougeole est extrêmement âcre. Il paroît avoir quelque rapport avec l'humeur bilieuse, qui produit les érésipelles, & par-là même cette maladie demande des soins, sans quoi il est à craindre qu'elle n'ait des suites fâcheuses. J'ai vu depuis peu une jeune fille qui avoit un peu langui depuis une rougeole essuyée il y a trois ans, & chez laquelle il avoit enfin formé une ulcération au col; le lait coupé avec la salse pareille l'a rétablie.
§. 211. L'on a inoculé la rougeole dans les païs où elle est très mauvaise, & cette méthode auroit aussi de grands avantages dans celui-ci; mais il en est comme de l'inoculation de la petite vérole, elle ne peut être utile au peuple qu'au moyen d'un hôpital.
CHAPITRE XV.
De la Fiévre ardente, ou chaude.
§. 212. Presque toutes les maladies dont j'ai parlé jusqu'à présent, sont produites par l'inflammation du sang, jointe à l'inflammation particuliere de quelque partie, ou à quelque venin qui doit s'évacuer. Quand le sang s'enflamme sans qu'il y ait aucune partie particulierement attaquée, il produit cette fiévre, qu'on appelle fiévre ardente ou chaude.
§. 213. Les signes qui la font connoître sont la dureté du pouls & sa plénitude plus considérables dans cette maladie que dans aucune autre, une chaleur très forte, une grande soif, une sécheresse extraordinaire des yeux, des narines, des lévres, de la langue, de la gorge, un violent mal de tête, & quelquefois des rêveries dans le tems du redoublement, qui est considérable tous les soirs; la respiration un peu gênée, sur-tout dans le tems du redoublement, avec une toux de tems en tems, sans point dans la poitrine & sans crachats, le ventre resserré, les urines rouges chaudes, peu abondantes; quelques tressaillemens ou soubresauts, surtout quand le malade s'endort, peu ou point de bon sommeil, mais presque toujours une espece d'assoupissement qui rend les malades assez peu sensibles à ce qui se passe au tour d'eux & à leur propre état; quelquefois un peu de sueur, mais à l'ordinaire la peau très séche; de la foiblesse; peu ou point de goût & d'odorat.
§. 214. Cette maladie est produite comme toutes les maladies inflammatoires par les causes qui épaississent le sang & en augmentent le mouvement, comme l'excès du travail, la trop grande chaleur, les veilles, l'abus du vin ou des liqueurs, un air trop long-tems sec, des excès en tout genre, des alimens échauffans.
§. 215. L'on doit mettre d'abord le malade au régime [§. 29], & même ne donner des alimens que de huit en huit heures, & quelquefois même seulement deux fois par jour. L'on pourroit dans les cas graves s'en passer tout-à-fait. L'on réitere les saignées jusqu'à ce que le pouls s'amollisse. La premiere doit être considérable. On en fait une seconde quatre heures après. Si le pouls s'amollit, on peut suspendre & n'y revenir que quand il prendroit assez de dureté pour faire craindre de nouveau le danger; mais s'il continue à être fort & dur, on fait dans le même jour la troisieme saignée, qui souvent est la derniere. On donne deux & même trois lavemens par jour [No. 5]. On baigne deux fois par jour les jambes dans l'eau tiéde; on lave en même-tems les mains avec la même eau; on met des linges ou des flanelles trempées dedans, sur la poitrine & sur le ventre, & l'on fait boire très réguliérement le lait d'amande [No. 4], & la ptisane [No. 7]; le pauvre peut se tenir à cette derniere, mais il faut en boire prodigieusement. Après les saignées, l'air frais & la quantité de boisson font le salut du malade. Si après les saignées, la fiévre continuoit à être très forte, il faut l'abattre en donnant de la potion [No. 10], une tasse toutes les heures, jusqu'à ce qu'elle ait diminué, & ensuite de trois en trois heures, jusqu'à ce qu'elle soit très modérée.
§. 216. Il survient souvent dans cette maladie des saignemens de nez, qui sont très salutaires. Les premiers signes d'amandement sont l'amollissement du pouls, qui ne perd cependant tout-à-fait sa dureté, que quand la maladie est entiérement terminée; la diminution du mal de tête, l'augmentation des urines, la diminution dans leur rougeur, un commencement d'humidité sur la langue. Tous ces signes favorables vont en augmentant, & entre le neuf & le quatorze il survient ordinairement souvent après quelques heures d'orages, des selles beaucoup plus abondantes, une grande quantité d'urine qui dépose un sédiment d'un blanc roux au-dessus duquel l'urine reste très claire & d'une couleur naturelle, & des sueurs plus ou moins abondantes. En même-tems les narines & la bouche s'humectent; cette croûte séche & brune qui couvroit la langue & que rien ne pouvoit enlever, se dissipe d'elle même. Le goût revient, la soif diminue, la clarté des idées renaît, l'assoupissement se dissipe, le sommeil & les forces reviennent. A cette époque il faut donner la potion [No. 22], & mettre le malade au régime des convalescens. On peut au bout de huit ou dix jours redonner la même potion. Chez quelques malades, les urines ne déposent jamais; mais ils guérissent très bien sans cela.