§. 245. La saignée n'est jamais, ou presque jamais, nécessaire dans la fiévre quarte, qui attaque en automne plutôt qu'au printems; & avec des symptômes de putridité, plutôt que d'inflammation.
§. 246. Le malade doit, une couple d'heures avant que l'accès commence, boire tous les quarts d'heures, un petit verre tiede, de thé de sureau, adouci avec du miel, & se promener doucement; cela le dispose à un peu de moiteur, qui rend le froid, & par là même, tout l'accès plus doux. Il continue la même boisson pendant tout le tems du froid; & quand la chaleur est venue, il peut, ou la continuer, ou lui substituer celle [No. 2], qui est plus rafraichissante; mais il n'est plus nécessaire de boire tiede; il suffit de ne pas boire trop froid. Quand la sueur est finie, on essuie bien le malade, & il peut se lever. Si l'accès étoit fort long, on pourroit donner, pendant la sueur, un peu de gruau, ou quelque autre aliment semblable [§. 35].
§. 247. Quelquefois la premiere dose, & même les premieres doses de quinquina purgent. Ce n'est pas un mal; mais, pendant qu'il purge, il n'arrête ordinairement pas la fiévre; ainsi il faut regarder ces doses comme perdues à cet égard, & en redonner d'autres, qui cessent de purger, & arrêtent les accès. Si la diarrhée continuoit, on le suspendroit un jour, pour donner un demi quart d'once de rhubarbe; ensuite on le recommenceroit; & si la diarrhée persistoit, on mêleroit à chaque prise de quinquina, quinze grains de thiéraque. Mais ce n'est que dans ce cas qu'on doit le mêler; toutes les autres choses auxquelles on l'associe affoiblissent sa vertu.
§. 248. Avant que l'on connût l'usage du quinquina, l'on se servoit des autres amers, qui ont aussi beaucoup de qualités. L'on trouvera [No. 42], trois remedes de cette espece, qui sont très bons, & dont j'ai souvent éprouvé l'efficacité; mais d'autres fois, j'ai été obligé de les abandonner pour venir au quinquina. La limaille de fer, qui entre dans la composition [No. 42], est très febrifuge dans certains cas. J'ai guéri avec ce remede, au milieu de l'hiver 1753, d'une fiévre quarte, un malade que je n'avois pas pû déterminer à prendre du quinquina. Il est vrai qu'il étoit extrêmement docile pour le régime; & au plus fort de l'hiver, il montoit tous les jours à cheval, & prenoit d'autres exercices en plein air, jusques à ce qu'il commençât à transpirer abondamment.
§. 249. Un autre moyen aisé dont je me suis servi souvent, avec un succès entier, contre les fiévres tierces; mais qui ne m'a réussi que deux fois dans les quartes; c'est de faire suer abondamment le malade, dans le tems que l'accès doit venir. Pour cela il boit, trois ou quatre heures avant l'accès, l'infusion de sureau mielée, & une heure avant le moment du frisson il se met au lit, & on lui donne, aussi chaud qu'il peut le boire, le remede [No. 43]. J'en ai aussi guéri quelques-unes, & tierces & quartes, en 1751 & 1752, en donnant de quatre en quatre heures entre les accès, la poudre [No. 44]; mais outre qu'elle m'a manqué plusieurs fois, & qu'elle ne guérissoit point aussi promptement, elle affoiblissoit les malades; elle leur dérangeoit l'estomac; & deux fois, quoiqu'elle eût guéri la fiévre, je fus obligé de recourir au quinquina, pour rétablir entiérement la santé. Mais comme ces moyens sont peu coûteux & réussissent souvent, j'ai cru devoir les indiquer.
§. 250. L'on vante une quantité d'autres remédes pour les fiévres. Aucun n'est aussi efficace que ceux que je viens d'indiquer. Plusieurs sont dangereux; ainsi il est prudent de ne pas s'en servir. Un quinquina choisi & fraichement préparé, est fort à préférer.
§. 251. J'ai vu souvent des paysans qui avoient une fiévre d'accès depuis plusieurs mois, & qui avoient employé beaucoup de mauvais remedes, & n'avoient observé aucun régime. Je me suis très bien trouvé de leur donner le remede [No. 33] ou [34]; & ensuite, pendant quelques jours, celui [No. 37]; après cela on leur donne le quinquina (voyez [§. 241]); ou les autres fébrifuges (voyez [§. 248], [249]), après quoi on les met, pendant quelque tems, à l'usage de la thériaque des pauvres (voyez [§. 229]), afin de rétablir les digestions qui sont tout-à-fait dérangées.
§. 252. Il y a quelques fiévres d'accès, qu'on appelle pernicieuses, dont chaque accès est accompagné des plus violens symptômes: le pouls est petit & irrégulier; le malade excessivement abattu, s'évanouissant fréquemment, ayant des angoisses inexprimables, des convulsions, un assoupissement profond, un délire continuel, des envies d'aller à la selle ou d'uriner, continues & inutiles. Le mal est très pressant; le malade peut mourir dès le troisieme accès, & passe rarement le sixieme, s'il n'est pas bien conduit. Il n'y a pas un moment à perdre; & il n'y a qu'un parti à prendre, c'est de lui donner incessamment le quinquina, comme [§. 241], afin de supprimer les accès suivans.
§. 253. La même cause qui produit ces fiévres d'accès, occasionne souvent des maladies qui reviennent périodiquement à la même heure, sans frisson, sans chaleur, & souvent sans vitesse dans le pouls: ces maux suivent presque toujours l'ordre des fiévres quotidiennes, ou tierces; plus rarement celui des quartes. J'ai vu des vomissemens & des envies de vomir très violentes avec une angoisse inexprimable, des oppressions très fortes, des coliques les plus cruelles, des palpitations effrayantes, des maux de dents excessifs, des maux de tête, & très fréquemment des douleurs inouies sur un œil, la paupiere, le sourcil & la temple du même côté, avec une rougeur de l'œil & un larmoiement continuel. J'ai même vu deux fois un gonflement si prodigieux, que l'œil sortoit de plus d'un pouce de la tête couvert par la paupiere, qui elle-même étoit extrêmement enflée. Tous ces maux commencent très réguliérement à une certaine heure, durent à peu près le tems d'un accès, & finissent sans aucune évacuation sensible, pour revenir précisément à pareille heure le lendemain ou le surlendemain. Il n'y a qu'un remede; c'est le quinquina donné comme [§. 241]. Rien ne soulage pendant l'accès, & tous les remedes, excepté le quinquina, n'arrêtent point le mal. J'ai guéri avec ce remede, de ces maux, & sur-tout de ceux des yeux qui sont très frequens, qui duroient depuis plusieurs semaines, & pour lesquels on avoit employé inutilement saignées, purgatifs, bains, eaux & une foule d'autres remedes. Si l'on donne une dose suffisante, le premier accès est très leger; le second manque, & je n'ai point vu de rechute comme quand il y a eu de la fiévre.
§. 254. Dans les endroits où la nature de l'air rend ces fiévres fréquentes, l'on doit brûler souvent dans les chambres, sur-tout dans celles où l'on couche, quelques herbes ou quelques bois aromatiques, mâcher tous les jours des grains de geniévre, & employer pour boisson une infusion fermentée de cette même graine. Ces deux remedes sont d'une très grande efficacité pour raccommoder les estomacs les plus foibles, pour prévenir les obstructions, & pour entretenir la transpiration; & comme ce sont-là les causes qui entretiennent le plus opiniâtrement ces fiévres, rien n'en préservera plus sûrement que ces secours, qui sont si faciles.