§. 277. Ce mal cede quelquefois à la premiere saignée, souvent il se termine le troisieme, le quatrieme, ou le cinquieme jour, par une sueur abondante: rarement il passe le septieme. Quelquefois il naît tout-à-coup, après une transpiration arrêtée; si dès ce moment & avant que la fiévre ait paru, & ait eu le tems d'enflammer le sang; on donne une infusion de faltran ou vulnéraires de Suisse, il guérit très promptement, en rétablissant la transpiration. Ce sont des cas semblables, ou celui [§. 91], qui ont acquis à ce remede la réputation qu'il a contre cette maladie; réputation funeste, toutes les années, à plusieurs paysans, qui trompés par une fausse ressemblance, emploient hardiment ce remede dans les vraies inflammations.
CHAPITRE XXI.
Des Coliques.
§. 278. L'on donne ordinairement le nom de colique à toutes les douleurs qu'on sent dans le ventre. Je n'entens ici, par ce mot, que les douleurs qui attaquent l'estomac ou les boyaux. Elles peuvent dépendre d'un très grand nombre de causes: & la plûpart sont des maladies chroniques: plus fréquentes parmi les gens désœuvrés des villes, ou les artisans sédentaires, que parmi le peuple des campagnes. Ainsi je ne parlerai que du petit nombre d'especes, qui sont les plus communes dans les villages. J'ai prouvé plus haut, que, dans quelques maladies, on tuoit en cherchant à faire suer. On tue dans les coliques, en voulant toujours chasser les vents, avec des liqueurs spiritueuses.
Colique inflammatoire.
§. 279. L'espece de colique la plus violente, & la plus dangereuse, c'est celle qui dépend de l'inflammation de l'estomac, ou des intestins. Elle commence le plus souvent, sans frisson, par une douleur violente dans le ventre: la douleur augmente par degrés; le pouls devient vîte & dur, le malade sent une chaleur brulante dans tout le ventre; quelquefois il a une diarrhée aqueuse, d'autre fois il est plutôt resserré, avec des vomissemens, ce qui est très facheux; le visage devient rouge, le ventre se tend, on ne peut pas le toucher sans augmenter cruellement les douleurs du malade, qui a, outre les douleurs, une inquiétude extrême. L'altération est très grande, & la boisson n'étanche point la soif. La douleur s'étend souvent jusques aux reins, où elle est très vive. Le malade urine peu; les urines sont brulantes & rouges: il n'a pas un instant de sommeil, quelquefois il a des momens de rêveries. Si l'on n'arrête pas le mal, après que les douleurs sont parvenues au plus haut point, le malade commence à se plaindre moins; le pouls moins fort, moins dur; mais plus vîte; le visage perd de sa rougeur; bientôt il pâlit, & le tour des yeux devient livide; le malade tombe dans une rêverie sourde; il perd entierement ses forces; le visage, les mains, les pieds, tout le corps, excepté le ventre, se refroidissent; la peau du ventre devient bleuâtre, il survient des foiblesses, & le malade périt.
Quand le mal attaque l'estomac, les symptômes sont les mêmes; mais la douleur se fait sentir plus haut, au creux de l'estomac; l'on vomit presque tout ce qu'on prend, l'angoisse est horrible, les rêveries viennent promptement. Cette maladie tue en très peu de jours.
§. 280. La seule façon de la guérir, c'est 1. de faire une très grande saignée du bras; elle diminue presque sur-le-champ la férocité des douleurs, & elle calme les vomissemens; elle rend d'ailleurs les autres remedes beaucoup plus efficaces. Souvent il faut la réitérer deux heures après. 2. On donne toutes les deux heures, soit qu'il y ait diarrhée, soit qu'il n'y en ait point, un lavement fait avec une décoction de mauve & de l'huile, ou avec une décoction d'orge & de l'huile. 3. On fait boire au malade beaucoup de lait d'amande [No. 4], ou d'une ptisane de fleurs de mauve ou de celle d'orge. 4. L'on tient continuellement sur le ventre des flanelles trempées dans de l'eau tiede, & on les change toutes les heures, & même plus souvent; elles sont séches presque d'abord. 5. Si le mal s'opiniâtre, on met le malade dans un bain tiéde, dont j'ai vu les plus grands effets.
§. 281. Cette maladie est quelquefois l'effet d'une inflammation générale du sang, & elle est produite, comme les autres maladies inflammatoires, par des travaux forcés, une grande chaleur, des alimens ou des boissons échauffantes; mais souvent aussi elle est la suite des autres coliques mal traitées, qui n'auroient point été inflammatoires, mais qui le deviennent, & j'ai vu nombre de fois ces coliques naître après les remedes chauds (voyez-en un exemple [§. 154]).
§. 282. Il n'y a que quelques semaines, que j'avois guéri une femme d'une colique assez forte. Dix jours après, les douleurs revinrent violemment dans la nuit: elle crut que ce n'étoit que des vents, & prit beaucoup d'eau de noix. Les douleurs devinrent inouies, elle me demanda de grand matin; le pouls étoit fort, vite, dur; le ventre tendu, les reins souffroient beaucoup, les urines étoient presque entierement supprimées; elle n'en rendoit que quelques gouttes qui étoient ardentes, avec des douleurs très fortes; elle alloit très souvent sur la chaise, presque pour rien. L'angoisse, la chaleur, l'altération, la sécheresse de la langue étoient effrayantes; & son état, qui étoit l'effet de la liqueur qu'elle avoit prise, me fit craindre pour elle. Une saignée de quatorze onces calma un peu toutes les douleurs; elle prit plusieurs lavemens, & elle but quelques pots d'orgeat en peu d'heures. Ces secours adoucirent un peu le mal; en continuant la boisson & les lavemens, la diarrhée diminua, le mal de reins finit, & il vint beaucoup d'urines qui se troublerent, déposerent; & elle guerit. Je suis persuadé que si la saignée avoit été faite deux heures plus tard, la liqueur lui auroit coûté la vie. Pendant que le mal dure, il ne faut donner aucun aliment, & l'on ne doit jamais négliger les restes de douleurs, crainte qu'il ne se forme une dureté ou squirrhe, qui occasionneroit les maux chroniques les plus fâcheux.
§. 283. On doit croire qu'il se forme un abcès dans la partie enflammée, quand la violence des douleurs diminue, & qu'il reste une douleur sourde, un mal-aise général, peu d'appétit, des frissons fréquens, & que le malade ne reprend pas les forces. L'on ne doit donner, dans ce cas; que les boissons indiquées dans ce chapitre, & quelques bouillons farineux.